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L'argent, du "commun" aux "communs"?

JB

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Jean-François Bissonnette : Université Laval

Résumé de la communication

Parce qu’elle se voue à la recherche d’alternatives au régime capitaliste, et à ce qui en constitue les fondations, la propriété privée, la pensée des communs tend parfois à esquiver la réflexion sur d’autres éléments constitutifs dudit régime, mais dont ces alternatives ne sauraient peut-être se passer. Quelle place une économie des communs devrait-elle faire au marché, par exemple, ou à ce qui en forme l’instrument principal, l’argent ? Si l’argent, disait Georg Simmel, « rend les choses “communes” (gemein) dans tous les sens du terme » (1987 [1900]), trouvera-t-on dans cette polysémie un sens qui le rapproche des « communs »? Si ces derniers doivent s’entendre comme « l’institution de l’inappropriable » (Dardot et Laval 2014), y a-t-il du sens à vouloir communaliser ce qui reste en son fondement une « technologie d’appropriation » (Hornborg 2021)? Si l’argent représente un « bien public », diront les économistes, c’est à condition de le soustraire à toute possibilité d’ingérence politique. Comment pourrait-on alors en faire l’objet d’une « politique des communs » sans, ce faisant, en altérer les fonctions ? À travers l’examen de cette série de paradoxes, en confrontant l’argent aux communs, il s’agira de les critiquer tous deux, l’un par l’autre, ceci afin d’esquisser le potentiel et les limites d’un « commun monétaire » (Servet 2017).

Résumé du colloque

« Les communs sont partout ! » observaient déjà plusieurs auteurs et autrices au tournant du 21ᵉ siècle (Dardot et Laval, 2014; Federici, 2019). Le constat de l’utilisation du terme « communs » dans divers contextes, allant de la guerre de l’eau à Cochabamba, en Bolivie, au mouvement altermondialiste, ainsi qu’aux occupations de places comme à Wall Street et Ghezi à Istanbul, a suscité l’intérêt de la recherche pour ce thème. Il y a déjà plus d’une décennie, George Caffentzis (2012) recensait des milliers de publications sur les communs, une littérature qui n’a fait qu’augmenter depuis. Parmi ces travaux, nous retrouvons différentes compréhensions et définitions des communs, qui se revendiquent de traditions théoriques fort distinctes, menant parfois à des analyses contradictoires du même phénomène. De plus, différents organismes font usage du terme dans des contextes qui en déforment passablement le sens, comme lorsque la Banque mondiale expulse des peuples traditionnels de leurs territoires au nom du « patrimoine commun de l’humanité » (Federici, 2019). Dans ce contexte, il devient pressant de prendre la mesure de ces enjeux et de cartographier les différentes approches des communs pour tenter d’y voir plus clair, notamment par rapport à certaines thématiques que ce colloque entend prioriser.

Selon la définition proposée par le Collectif de recherche sur les initiatives, transformations et institutions des communs (CRITIC), qui organise ce colloque, les communs sont des ensembles de pratiques sociales ancrés dans des collectivités autodéterminées et des formes de communalisation. Ils répondent à différents besoins et aspirations au moyen de valeurs de partage, de soin, de participation, d’inclusion, de soutenabilité et de convivialité. Promouvant le droit d’usage et le devoir de responsabilité, les communs préfigurent une alternative à la propriété privée et constituent un processus d’apprentissage collectif. Cette définition affiche une volonté explicite de situer les communs dans un contexte sociohistorique, politique et économique plus large pour comprendre leurs dynamiques relationnelles avec les systèmes économiques et les normativités politiques, sociales et culturelles dans lesquelles ils s’insèrent.

En présence de Pierre Dardot et Christian Laval, invités d’honneur du colloque, nous vous proposons d’explorer les communs par le truchement de six axes dans deux conférences de nos invités d’honneur et vingt-cinq présentations universitaires ou terrains :

  1. Politiques des communs;
  2. Communs numériques;
  3. Économie sociale et solidaire, et communs;
  4. Care, féminisme et commoning;
  5. Communs de connaissances et de transfert de savoirs;
  6. Partenariats public-communs et espaces réappropriés.

À ces interventions s’ajoutera une visite hors site à l’Atelier Mauril-Bélanger, où se dérouleront nos activités de réseautage de fin de journée.

Coresponsables : Yann Pezzini, Ambre Fournier et Jonathan Veillette

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
section icon Date : 14 mai 2024

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