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Charles Berthelet : UQAM - Université du Québec à Montréal
Depuis leur entrée dans le 21e siècle politique, les sciences sociales se sont mises à faire grand cas du phénomène populiste dont les manifestations parfois outrancières ont été progressivement décelées aux quatre coins du monde. Or, en deçà du caractère spectaculaire du populisme tel qu’on le conçoit désormais (avec en tête des porteurs ou promoteurs aussi proéminents que l’ancien [sic] président étatsunien Donald Trump) se profile possiblement une forme de populisme que l’on pourrait dire « ordinaire », manifestée à travers des objets du quotidien ou au sein de représentations sociétales en apparences banales, mais non moins définitoires d’un « (vrai) peuple » ou d’un « peuple ordinaire » qu’elles se donnent justement pour tâche de dépeindre et de représenter. Autrement dit, les occurrences plus discrètes et les indiscrétions plus subtiles d’un tel populisme s’emploieraient néanmoins implicitement à définir une notion de « peuple » et, corollairement, de ce qui vaut ou devrait prévaloir
comme « populaire », en fonction de critères à la fois particuliers et restrictifs. C’est cette hypothèse d’un « populisme ordinaire » que la présente communication entend explorer sur le plan conceptuel comme sur le plan empirique en prenant appui sur les exemples de la chanson « populaire » et de l’habillement « politique » à partir d’une analyse sémio-discursive du cas des Cowboys fringants et de Catherine Dorion respectivement.
La catégorie de pensée du « populaire » renvoie à des manifestations multiples et complexes. Elle provient de la formation des États-nations, de leur personnel lettré et d’un mouvement plus général de démocratisation de l’éducation. Au 19e siècle, la catégorie est ensuite associée à la « question sociale » : en dépit de l’augmentation des capacités productives, la pauvreté ne diminue pas dans une même proportion. Aujourd’hui, le populaire renvoie en sus à la culture de masse.
Comment penser le populaire dans la diversité des situations sociales et dans son historicité depuis le « quêteux » jusqu’aux personnes inscrites dans des réseaux de redistribution ? Comment envisager les variations dans le contenu de la catégorie comme étant des traces significatives de la transformation plus générale du mode de production des rapports sociaux ? Comment penser aujourd’hui le populaire sans reconduire la dichotomie populisme-misérabilisme qui repose sur une ontologie individuelle d’êtres sociaux plus ou moins libres, autonomes et indépendants ? En somme, comment construire un objet d’étude sociologique à partir d’une catégorie polysémique et problématique ?
Deux axes interdépendants sont proposés :
Théorique : Archéologie théorique de la catégorie à partir des travaux de la sociologie et de l’anthropologie, selon différentes traditions nationales. Définitions de la catégorie dans les travaux actuels ou dans vos propres projets d’enquête. Pourquoi privilégier celle-ci plutôt que d’autres (marginalité, exclusion, etc.) ?
Empirique : Présentation d’enquêtes empiriques explicitant autant que possible l’usage qui a été fait de la catégorie en interrogeant ses fondements et ses limites. Questionnements concrets sur ce que nous pourrions qualifier de modes de vie et de sociabilités populaires, analyses comparées de ces modes de vie en recourant à différentes enquêtes sociologiques et anthropologiques. Ces enquêtes peuvent relever de méthodologies quantitative et qualitative.
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