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Olivier Rafélis De Broves : Université Laval
Cette communication éclaire le potentiel des coopératives multisociétaires pour institutionnaliser des « communs productifs » (Coutrot, 2022). La coopérative de solidarité (CS) québécoise incarne selon Erik Olin Wright un « modèle idéal » de démocratisation de la sphère économique (Wright, 2020). Depuis son introduction dans la loi sur les coopératives en 1997, la CS associe dans sa gouvernance plusieurs catégories de membres (souvent les travailleurs et les consommateurs) (Girard, 2008; Pezzini & Girard, 2018). Ce faisant, elle bouscule les règles de la propriété collective des coopératives traditionnelles. Comme le note Coutrot (2022, p. 74), « [f]aire de l'entreprise un bien commun productif suppose aussi, bien sûr, de repenser la propriété des moyens de production ». Ainsi, le multisociétariat élargit le principe participatif à plusieurs groupes de personnes « dont l’existence est affectée par l’utilisation de ces moyens de production » (Wright, 2020, p. 165), et la catégorie de « membres de soutien » ouvre la gouvernance de l’organisation à des non-usagers de la coopérative (Michaud et Audebrand, 2019). Basée sur une enquête empirique mixte menée en 2022 (N=71), cette communication explore comment les coopératives multi-sociétaires dépassent les apories du membrariat fermé des coopératives unisociétaires. Elle interroge aussi leur potentiel de transformation sociale par la communalisation du tissu socio-économique québécois (Furukawa Marques et Durand Folco, 2023).
« Les communs sont partout ! » observaient déjà plusieurs auteurs et autrices au tournant du 21ᵉ siècle (Dardot et Laval, 2014; Federici, 2019). Le constat de l’utilisation du terme « communs » dans divers contextes, allant de la guerre de l’eau à Cochabamba, en Bolivie, au mouvement altermondialiste, ainsi qu’aux occupations de places comme à Wall Street et Ghezi à Istanbul, a suscité l’intérêt de la recherche pour ce thème. Il y a déjà plus d’une décennie, George Caffentzis (2012) recensait des milliers de publications sur les communs, une littérature qui n’a fait qu’augmenter depuis. Parmi ces travaux, nous retrouvons différentes compréhensions et définitions des communs, qui se revendiquent de traditions théoriques fort distinctes, menant parfois à des analyses contradictoires du même phénomène. De plus, différents organismes font usage du terme dans des contextes qui en déforment passablement le sens, comme lorsque la Banque mondiale expulse des peuples traditionnels de leurs territoires au nom du « patrimoine commun de l’humanité » (Federici, 2019). Dans ce contexte, il devient pressant de prendre la mesure de ces enjeux et de cartographier les différentes approches des communs pour tenter d’y voir plus clair, notamment par rapport à certaines thématiques que ce colloque entend prioriser.
Selon la définition proposée par le Collectif de recherche sur les initiatives, transformations et institutions des communs (CRITIC), qui organise ce colloque, les communs sont des ensembles de pratiques sociales ancrés dans des collectivités autodéterminées et des formes de communalisation. Ils répondent à différents besoins et aspirations au moyen de valeurs de partage, de soin, de participation, d’inclusion, de soutenabilité et de convivialité. Promouvant le droit d’usage et le devoir de responsabilité, les communs préfigurent une alternative à la propriété privée et constituent un processus d’apprentissage collectif. Cette définition affiche une volonté explicite de situer les communs dans un contexte sociohistorique, politique et économique plus large pour comprendre leurs dynamiques relationnelles avec les systèmes économiques et les normativités politiques, sociales et culturelles dans lesquelles ils s’insèrent.
En présence de Pierre Dardot et Christian Laval, invités d’honneur du colloque, nous vous proposons d’explorer les communs par le truchement de six axes dans deux conférences de nos invités d’honneur et vingt-cinq présentations universitaires ou terrains :
À ces interventions s’ajoutera une visite hors site à l’Atelier Mauril-Bélanger, où se dérouleront nos activités de réseautage de fin de journée.
Coresponsables : Yann Pezzini, Ambre Fournier et Jonathan Veillette
Titre du colloque :
Thème du colloque :