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Les injustices épistémiques participatives en sciences et le problème de la confusion de rôle

AG

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Anne-Marie Gagné-Julien : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Heidi Grasswick a défendu l’idée que les sciences étaient susceptibles de commettre des injustices épistémiques participatives (IEP), référant par-là aux "obstacles injustes aux capacités d'une personne à contribuer directement ou indirectement aux pratiques scientifiques" (2017). Les sciences commettraient ce genre d’injustice quand elles ne prennent pas en compte des types de savoir non-expert (ex. : celui des patient-es, des communautés autochtones). La recherche participative, parce qu’inclusive de ce type de savoir, pourrait venir lutter contre les IEP. Bien que l’argument de Grasswick soit convaincant, je veux défendre qu’un problème souvent rapporté dans la littérature sur la recherche participative, soit la « confusion de rôle », peut inhiber son potentiel à lutter contre les IEP.

La confusion de rôle survient lorsque la contribution attendue des communautés non-experte n’est pas clairement identifiée. Je vais insister sur l’aspect épistémique de la confusion de rôle en mettant en dialogue la philosophie féministe du standpoint, l’empirisme féministe et la connaissance expérientielle. Ces trois cadres expliquent l’émergence de la confusion étant donné qu’ils défendent trois thèses différentes sur l’apport épistémique des non-expert-es. Je vais ensuite proposer qu’une clarification préalable du type de bénéfice épistémique attendu peut participer à atténuer la confusion de rôle, et ainsi participer à une meilleure justice épistémique en recherche.

Résumé du colloque

Ce colloque souhaite orchestrer une réflexion interdisciplinaire sur les injustices épistémiques—réflexion que l’on souhaite aborder sous divers angles (théorique, méthodologique, pratique, empirique). Champ de recherche fort dynamique, cette littérature s’intéresse aux diverses inégalités et injustices liées à l’acquisition, au partage et à la reconnaissance de certains savoirs, et aux liens étroits entre ces inégalités et les rapports de pouvoir. Ces recherchent tentent en outre de saisir comment les préjugés négatifs ambiants (e.g. sexistes, âgistes, capacitistes, sanistes, racistes, classistes) affectent la crédibilité accordée aux savoirs de certains groupes, mais aussi à réfléchir aux moyens de pallier à ces déficits de crédibilité et à la marginalisation. Bien que de nombreux écrits féministes et décoloniaux aient précédemment exploré certaines facettes des phénomènes en question, l’ouvrage phare de Miranda Fricker, Epistemic Injustice (2007), a donné un cadre analytique bien défini au sujet – un cadre repris, critiqué et amendé par plusieurs chercheurs et chercheuses dans la dernière décennie. L’importance et la pertinence de ce corpus est considérable pour les sciences sociales, car il soulève des enjeux complexes sur nos façons de produire et de partager des connaissances. Comment produire celles-ci avec les personnes et les communautés étudiées? Comment bien reconnaître les différentes formes de savoirs? Et comment réfléchir sur les inégalités produites par les nouvelles connaissances ou par certaines méthodologies de recherche?

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
section icon Date : 14 mai 2024

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