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Florian Mathieu : Université Paris-Saclay
Depuis au moins le XIXe siècle, certains acteurs du champ scientifique se revendiquent du populaire. L’astronome Camille Flammarion réfute par exemple en 1882 la notion de vulgarisation scientifique pour au contraire défendre l’idée de « populariser la Science, c’est-à-dire la rendre accessible, sans la diminuer ni l’altérer ». Sans toujours défendre une position aussi tranchée, de nombreuses initiatives au XIXe et au début du XXe siècle font la promotion de la « Science populaire ». L’expression se déploie dans un contexte d’omniprésence des sciences dans l’espace public, mais aussi en lien avec le développement des réseaux d’amateurs. Elle est également utilisée par certains militants du mouvement ouvrier, qui envisagent la popularisation des sciences dans une perspective d’émancipation du prolétariat.
Or, pour chacun de ces acteurs, la définition du « populaire » revêt des significations bien différentes, relevant de diverses oppositions : science populaire/bourgeoise, pratique populaire amateur/pratique professionnelle, ou encore éducation populaire aux sciences/enseignement institutionnel.
Alors que de nos jours, certaines associations se revendiquent toujours de « l’éducation populaire aux sciences », cette communication propose, à partir d’une réflexion historique, de préciser les différents modes d’articulation entre les sciences et le populaire, en insistant sur la dimension politique de l’usage conjoint de ces catégories.
La catégorie de pensée du « populaire » renvoie à des manifestations multiples et complexes. Elle provient de la formation des États-nations, de leur personnel lettré et d’un mouvement plus général de démocratisation de l’éducation. Au 19e siècle, la catégorie est ensuite associée à la « question sociale » : en dépit de l’augmentation des capacités productives, la pauvreté ne diminue pas dans une même proportion. Aujourd’hui, le populaire renvoie en sus à la culture de masse.
Comment penser le populaire dans la diversité des situations sociales et dans son historicité depuis le « quêteux » jusqu’aux personnes inscrites dans des réseaux de redistribution ? Comment envisager les variations dans le contenu de la catégorie comme étant des traces significatives de la transformation plus générale du mode de production des rapports sociaux ? Comment penser aujourd’hui le populaire sans reconduire la dichotomie populisme-misérabilisme qui repose sur une ontologie individuelle d’êtres sociaux plus ou moins libres, autonomes et indépendants ? En somme, comment construire un objet d’étude sociologique à partir d’une catégorie polysémique et problématique ?
Deux axes interdépendants sont proposés :
Théorique : Archéologie théorique de la catégorie à partir des travaux de la sociologie et de l’anthropologie, selon différentes traditions nationales. Définitions de la catégorie dans les travaux actuels ou dans vos propres projets d’enquête. Pourquoi privilégier celle-ci plutôt que d’autres (marginalité, exclusion, etc.) ?
Empirique : Présentation d’enquêtes empiriques explicitant autant que possible l’usage qui a été fait de la catégorie en interrogeant ses fondements et ses limites. Questionnements concrets sur ce que nous pourrions qualifier de modes de vie et de sociabilités populaires, analyses comparées de ces modes de vie en recourant à différentes enquêtes sociologiques et anthropologiques. Ces enquêtes peuvent relever de méthodologies quantitative et qualitative.
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