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Les trajectoires géographiques et la prosodie comme contraintes sur le paysage multilingue du rap montréalais

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Emily Leavitt : Université de Sherbrooke

Résumé de la communication

L’étude sociolinguistique du rap est une veine de recherche en plein essor intéressée aux vernaculaires contemporains urbains et aux forces de mondialisation, d'urbanisation et de modernisation.

L’objectif de la présente étude est d'examiner le paysage linguistique de l'espace rap montréalais en matière de choix de langue (français, anglais, arabe, espagnol, italien, créole haïtien) lorsque les artistes font référence à cet espace abstrait dans leurs paroles et comment le choix variable s’avère conditionné sur le plan sociolinguistique.

Nous examinons un sous-ensemble du méga corpus (1,45 million de mots) « RapKeb21 » (Leavitt 2022) des œuvres de 40 artistes nés à Montréal. Afin d’évaluer l’effet des facteurs sociaux, linguistiques et prosodiques, nous effectuons une modélisation du choix de langue des références par régression linéaire multiple et par partitionnement récursif non paramétrique basé sur l’apprentissage machine (arbre d'inférence conditionnelle et forêt aléatoire). Nous la réalisons en langage de programmation R (R 2022) à partir des trousses lme4 (Bates et al. 2015), partykit (Hothorn et Zeileis 2015) et randomForest (Liaw et Wiener 2002).

Nos analyses révèlent l’effet significatif des facteurs langue de l’énoncé, nombre de syllabes, voyelle finale, rime et origines géographiques. Nous discuterons de ces effets et ce qu’ils révèlent par rapport à l’agentivité de l’artiste et de l’indexicalité du choix de langue au sein du vernaculaire contemporain montréalais.

Résumé du colloque

Ce colloque aborde les enjeux sociaux liés aux pratiques langagières dans les formats médiatiques oraux associés au divertissement et les relations complexes entre ces derniers et les publics auxquels ils s’adressent. Si la langue de l’information est relativement bien étudiée sous l’angle d’une norme endogène dans des régions de la francophonie telles que le Québec, on ne peut pas en dire autant des formats médiatiques oraux associés au divertissement, qui se caractérisent par une plus grande diversité de pratiques langagières.

D’un côté, on y observe des productions où le poids de la norme prescriptive, souvent associée au français des Parisiens cultivés, continue à se faire sentir. C’est notamment le cas des films doublés où des productions dans un français « normatif » (terme employé par le milieu) sont encore la règle, et ceci dans plusieurs régions de la francophonie, tout en faisant réagir certaines personnes qui souhaitent reconnaître leur propre culture dans ces produits. De l’autre côté, certaines productions semblent laisser libre cours aux pratiques non standardisées, par exemple les émissions de téléréalité, provoquant également des réactions négatives. Ainsi, les pratiques langagières des candidat·e·s de la téléréalité québécoise Occupation double qui s’écartent de la norme prescriptive sont l’objet de vifs discours épilinguistiques dans la sphère médiatique et entraînent chez ces personnes un sentiment de honte, voire d’insécurité linguistique. Quels que soient les choix langagiers des équipes de production, ceux-ci ne sont pas sans conséquences sociales : le choix du français « normatif » suggère que les autres variétés de français n’ont pas leur place dans la sphère médiatique; le recours à un français socialement ou géographiquement plus marqué attire la critique de certains auditoires.

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
section icon Date : 14 mai 2024

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