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Vanessa L'écuyer
Saint-Cerny (2018) a étudié la stratégie du choc immobilier mise en place à Mégantic après la catastrophe technologique de 2013. Depuis la pandémie, catastrophe environnementale anthropique, la crise du logement s’est aggravée. Parallèlement, les mécanismes de protection collective sont affaiblis par le néolibéralisme. Les groupes sociaux vulnérables sont les plus touchés par l’accumulation de ces chocs environnementaux (Abraham, 2019). Selon le travail social vert, ces constats appellent l’organisation communautaire (Dominelli, 2012).
Le projet présenté est lié à un stage d’intervention (maîtrise) et visait à intensifier la prise de conscience des injustices environnementales. Il a mobilisé vingt participant-e-s qui ont produit 7 contributions, à partir de savoirs-expérientiels, regroupées dans un journal participatif. Une intégration de pratiques a été effectuée, incluant l’art action communautaire et la conscientisation.
Les facteurs sociaux et environnementaux de leurs difficultés croissantes à répondre à leurs besoins par le biais des marchés privés mondialisés et financiarisés, perturbés par les chocs environnementaux, ont été révélés. Des propositions axées sur l’aide mutuelle (Spade, 2020) et la défense collective des droits sociaux en matière de logement ont été élaborées, pour promouvoir la production et la redistribution équitable des ressources limitées, afin de répondre démocratiquement aux besoins humains réels, en équilibre avec ceux des autres vivants.
L’accélération sans précédent des changements climatiques se fait ressentir avec acuité partout autour de la planète (GIEC, 2023) et touche inégalement les communautés les plus opprimées et démunies (Thésée et Carr, 2008). Devant les défis et problèmes sociaux et de santé qui découlent des enjeux socioécologiques (Grandgeorge, 2022), le champ du travail social se réorganise progressivement afin de développer des pratiques et formations écosociales (Boetto, 2017) au service de la transition sociale-écologique (TSE) (Basto, 2023) et du développement de liens sensibles et réciproques à la Nature-territoire (Larocque, 2023).
Alors que de nouveaux repères se construisent, le moment est opportun pour renforcer les liens entre les acteurs variés du travail social et des disciplines connexes afin d’être mieux outillés, collectivement, pour assurer ce tournant « vert » (MacDonald et al., à venir) et transformateur (Boetto, 2019) dans les milieux de formation et d’intervention. Ce colloque vise ainsi à contribuer à l’avancement des connaissances du travail écosocial et à favoriser la solidarité entre les milieux de pratique et universitaires, et à décloisonner les savoirs scientifiques entre divers champs disciplinaires. Il s’agira de profiter de l’occasion pour faire le lancement de deux numéros exclusifs portant sur le travail écosocial, portés par les revues Intervention (Larocque, Roy et MacDonald) et Reflets (Paris), et de rassembler des contributions autour de trois axes :
1) Transformation paradigmatique : Quelles collaborations et partenariats doivent être tissés ou solidifiés pour appuyer un changement en profondeur des fondements épistémologiques du travail social ? Comment soutenir les divers acteurs concernés vers le développement de leur pensée écosociale afin de favoriser la transformation des structures sociétales et des rapports sociaux ? Comment le travail social peut-il contribuer au développement de liens sensibles et d’interdépendance à la Nature-territoire (Boelen, 2021) ?
2) Enjeux épistémiques : Comment construire des projets d’innovation socioécologique qui reflètent les besoins et réalités hétérogènes des populations marginalisées, les plus touchées par les changements climatiques ? Quelles stratégies de recherche, de formation ou d’intervention transcendent les savoirs hégémoniques et promeuvent la responsabilité épistémique (Gauthier, 2023) ainsi que la pensée décoloniale et pluriverselle (Escobar, 2018) ? Comment intégrer les voix et les besoins des autres-qu’humains au sein de ce processus de transformation de notre savoir-être et savoir-faire ?
3) Développement des pratiques et méthodes écosociales : Quels sont les outils pédagogiques et les pratiques existantes, novatrices ou en émergence qui s’alignent avec la vision écosociale et avec la TSE ? Comment appliquer ces méthodes pour répondre aux réalités locales et rehausser la résilience des collectivités ?
Titre du colloque :