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Hélène Malmanche : Université Toulouse-Jean-Jaurès
La dernière révision des lois bioéthiques en 2021 en France a ouvert l’accès aux dons de gamètes et aux techniques de PMA aux femmes non mariées et en couple de même sexe. En France, jusqu’à une date récente, très peu d’études de sciences sociales ont été consacrées aux « mères solo » (Rozée 2013 ; Mehl 2016). L’enquête AMP sans frontières vise notamment à actualiser les connaissances sur les maternités solo. Des entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès de femmes ayant réalisé un parcours de maternité solo (n=26), majoritairement suite à un don de sperme dans un centre médical en France et/ou à l’étranger.
Cette étude permet de mettre en lumière l’émergence de nouveaux profils de mères solo par rapport aux enquêtes précédentes : des femmes plus jeunes entreprennent ce parcours de PMA ; d’autres affirment la maternité solo comme leur souhait premier ; des femmes sont en couple mais « en solo » pour leur projet parental. Un trait commun à l’ensemble des profils se dégage fortement : pour toutes les femmes interrogées, le projet parental est désigné comme l’axe principal de vie. Ne pouvant satisfaire à la double injonction de devenir mère et d’être en couple pour fonder une famille, ces femmes ont dû reconfigurer leur projet parental à l’aune de leur expérience conjugale (célibat, labilité conjugale), ou affirmer d’emblée une transgression des normes de genre et familiales pour celles qui ont rejeté le couple hétéroconjugal comme cadre familial désirable.
Depuis quelques décennies, les techniques de procréation médicalement assistée (PMA) suscitent un intérêt soutenu de la part de chercheurs et de chercheuses d’horizons variés. Entre procédures médicales toujours plus poussées (comme la vitrification, le transfert de mitochondries, l’utilisation de l’intelligence artificielle…) et nouvelles pratiques sociales (la normalisation de la gestation pour autrui, la fin de l’anonymat des personnes donneuses, la reconnaissance de la diversité sexuelle et de genre, la parentalité à un âge avancé…), la PMA continue d’élargir le champ des possibles pour les personnes infertiles et celles dont la configuration familiale ou personnelle sort du modèle hétéronormatif. Devant cette créativité biosociale, de nouveaux acteurs se regroupent autour de projets familiaux qui (re)combinent du personnel soignant, des spécialistes de laboratoire, de futurs parents, des tiers de procréation et des membres d’organismes de soutien psychosocial. Parallèlement, la diffusion des techniques de PMA a entraîné une déterritorialisation des pratiques suivant les lignes de fractures d’un encadrement légal hétérogène et de marchés transnationaux de cellules et de services. Dans ce contexte, nous voyons apparaître un ensemble de pratiques hétérogènes aux marges de la PMA qui appelle à son tour à intégrer la pensée sociale sur la PMA. Ce colloque proposera une réflexion sur ces marges et les nouveaux enjeux qu’elles font émerger.
Titre du colloque :