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Mobilité forcée par les changements climatiques et augmentation des violences envers les femmes : méthodologie et analyse empirique au prisme de la décolonisation

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Karine Bates

Résumé de la communication

Les femmes sont les premières à décéder lors des migrations causées par des catastrophes climatiques, principalement en raison des tâches et discriminations qui leur sont socialement attribuées. Cette recherche anthropologique, ancrée dans une perspective féministe intersectionnelle (Crenshaw 1989), se base sur des entretiens auprès de militantes indiennes (2024). Elle vise à recueillir leurs témoignages pour mieux comprendre les impacts de la mobilité forcée sur les violences subit par les femmes en Asie du Sud, là où les bouleversements environnementaux sont les plus marqués mondialement. Nous avons orienté nos angles d’analyse vers des études réalisées par des chercheurs indiens de diverses disciplines afin de rendre compte de leurs perspectives sur les enjeux environnementaux incontournables. Nous avons puisé dans des registres rarement considérés quant à l’analyse de l’impact des changements climatiques, soit l’anthropologie de la parenté incluant les questions de genre et d’organisation familiales, l’anthropologie juridique et les travaux récents portants sur la décolonisation de la justice. Alors que la majorité des recherches actuelles abordent l’adaptation aux changements climatiques à travers des solutions techno-économiques, nous croyons que la démarche proposée contribuera à combler un angle mort en priorisant les dimensions empiriques et genrés des catastrophes climatiques et de la mobilité forcée qui y est associée.

Résumé du colloque

Ces dernières années, l’appel aux méthodologies intersectionnelles et décoloniales en recherche s’est fait plus urgent au Québec et dans la francophonie, reflétant un profond changement dans les priorités des chercheurs et la prise de conscience de la société. L’intersectionnalité, créée à l’origine par Crenshaw (1989), est un concept qui reconnaît que les individus incarnent des identités multiples fondées sur la race, le genre, la sexualité, la classe sociale, etc. Simultanément, les méthodologies décoloniales remettent en question l’héritage tenace du colonialisme dans le monde universitaire. Elles encouragent les chercheurs à examiner d’un regard critique les structures de pouvoir ancrées dans les pratiques de recherche, la production de connaissances et la représentation, tout en mettant l’accent sur les voix et les points de vue des communautés marginalisées (Bell et al., 2020). Le mouvement en faveur de la décolonisation reconnaît qu’une grande partie de la recherche traditionnelle a perpétué les préjugés coloniaux et réduit au silence les voix autochtones, non occidentales et historiquement marginalisées (Held, 2019; Tuhiwai, 2022; Darder, 2019). Bien que la communauté universitaire reconnaisse l’urgence de considérer de nouvelles approches, les chercheur·e·s ont souvent du mal à appliquer des méthodologies non traditionnelles telles que les approches intersectionnelles et décoloniales, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, ces méthodologies exigent un changement fondamental de perspective et une réflexion personnelle approfondie, ce qui peut être inconfortable. Deuxièmement, elles exigent une reconfiguration des processus de collecte et d’analyse des données qui peut s’avérer substantielle et requérir du temps et des ressources accrues (Misra et al., 2020; Quinless, 2022). Troisièmement, l’inertie institutionnelle et la résistance au changement au sein des disciplines peuvent entraver leur adoption. Enfin, le manque de formation et de compréhension de ces nouvelles méthodologies constitue un obstacle.

Malgré ces difficultés, la reconnaissance croissante de leur importance dans la résolution des complexités sociétales et la promotion de l’inclusion pousse progressivement les chercheur·e·s francophones à les adopter, bien qu’à un rythme plus lent. En accueillant des approches innovantes, en encourageant le dialogue et en bousculant les contours de la recherche traditionnelle, ce colloque contribuera à faire émerger des stratégies concrètes pour des méthodologies et approches conductives à l’EDI et la décolonisation. Le besoin de ces méthodologies est alimenté par une reconnaissance croissante des limites des paradigmes de recherche traditionnels (Ndlovu-Gatsheni, 2019; Hamel-Charest, 2022). L’objectif du colloque est de créer un espace de réflexion sur les défis émergents et occasions en recherche liées aux méthodologies visant la décolonisation, l’équité et la justice intersectionnelle selon une perspective interdisciplinaire.

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
section icon Date : 14 mai 2024

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