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Aboubakar Sidi Njutapwoui : Université de Maroua
La procréation médicalement assistée se révèle comme une question sensible dans la gestion de la maternité au Cameroun, pays où l’environnement social est encore marqué par la stigmatisation de l’infertilité et une suspicion à l’égard des technologies de procréation artificielle. Avec la création d’un centre sanitaire spécialisé en 2011 et l’adoption d’une loi y afférente en 2022, la mise en œuvre de cette solution est encadrée par des dispositifs médicaux et normatifs. Dans cette dynamique, la population qui voit le jour grâce aux projets familiaux basés sur la PMA s’agrandit de plus en plus dans l’espace social. Dès lors, quelles sont les nouvelles normes juridiques, éthiques et sociales qui émergent autour de la PMA ? Que représente concrètement l’expérience de la PMA dans l’espace familial, social et politique ? Comme cadre d’analyse, le paradigme sociologique de la biopolitique (Foucault, 1976) a permis de penser conjointement les discours sur la sexualité, les dispositifs normatifs et les technologies de subjectivation. La collecte des données s’est opérée entre 2022 et 2023 par des entretiens avec le personnel administratif et médical, les universitaires, les patient.es, etc. Cette intervention se propose de montrer en quoi ces résultats éclairent de façon originale les perspectives nouvelles qui sous-tendent le recours à la PMA en Afrique.
Depuis quelques décennies, les techniques de procréation médicalement assistée (PMA) suscitent un intérêt soutenu de la part de chercheurs et de chercheuses d’horizons variés. Entre procédures médicales toujours plus poussées (comme la vitrification, le transfert de mitochondries, l’utilisation de l’intelligence artificielle…) et nouvelles pratiques sociales (la normalisation de la gestation pour autrui, la fin de l’anonymat des personnes donneuses, la reconnaissance de la diversité sexuelle et de genre, la parentalité à un âge avancé…), la PMA continue d’élargir le champ des possibles pour les personnes infertiles et celles dont la configuration familiale ou personnelle sort du modèle hétéronormatif. Devant cette créativité biosociale, de nouveaux acteurs se regroupent autour de projets familiaux qui (re)combinent du personnel soignant, des spécialistes de laboratoire, de futurs parents, des tiers de procréation et des membres d’organismes de soutien psychosocial. Parallèlement, la diffusion des techniques de PMA a entraîné une déterritorialisation des pratiques suivant les lignes de fractures d’un encadrement légal hétérogène et de marchés transnationaux de cellules et de services. Dans ce contexte, nous voyons apparaître un ensemble de pratiques hétérogènes aux marges de la PMA qui appelle à son tour à intégrer la pensée sociale sur la PMA. Ce colloque proposera une réflexion sur ces marges et les nouveaux enjeux qu’elles font émerger.
Titre du colloque :