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Phénoménologie du regard entre les arts plastiques et le visible en Guyane

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Thierry Tian-Sio-Po : Collège Auxence Contout

Résumé de la communication

Il existe un type de regard qui ne veut voir l’espace vert guyanais qu’immaculé. Une forêt vierge qui, certes, obsède, mais qui exclut radicalement l’humain. Jusqu’à maintenant, quand des Autochtones, des Bushinengé ou des Créoles parcourent les forêts et les fleuves, il n’en reviennent pas en s’extasiant sur la beauté du lieu. Ils-elles sont plutôt en communication avec lui dans un rapport sensible : ils occupent un espace-temps fonctionnel.

En suivant Merleau-Ponty, dans L'œil et l'esprit, on peut dire que : « Tous mes déplacements, par principe, figurent dans un coin de mon paysage, [ils] sont reportés sur la carte du visible ». Or, un paysage n'est pas caractéristique par ce qui est repérable et typique. Si nous nous rapportons au végétal en Guyane, ce qui fait sens, ce sont les télescopages entre les zones végétales et la représentation de murs décrépis. Cette tension entre ensembles délabrés et espaces verdoyants est souvent idéalisée et rendue exotique par le regard colonial.

Les forêts n’ont jamais été vierges. Elles ont toujours été sillonnées par le pas des humains. Elles contiennent des traces, en gardent la mémoire. Les forêts guyanaises ont toutes été sillonnées par les Autochtones, au départ.

Le propre de l’exotisme n’est pas tant de s’extasier face aux versants souillés, de recouvrir de couches verdoyantes et luxuriantes la misère et le mal-être du monde, les évitant. L’option est ici de le rejeter, y compris l’exotisme sur soi-même comme nouvelle invention.

Résumé du colloque

DESCRIPTION

Problématique

Le paradoxe consiste en ce que la langue est à la fois créatrice de culture et produit de la culture. Aussi est-elle un instrument de résistance à l’hégémonie linguistique et, par conséquent, à l’hégémonie culturelle. Voilà la principale question que soulève notre colloque, les interrogations suivantes résultant des différentes situations de diglossie existantes (Ninyoles, 1969 ; Aracil, 1980) et des propositions produites par les populations linguistiquement et culturellement subalternisées.

On peut donc, avec Deleuze (1976), postuler que, par l’art, on surcode la langue, lui permettant de dépasser ses signes figés. Autrement dit, le langage fuit la langue. Notre colloque pose également la question de la déterritorialisation/reterritorialisation (Deleuze, Avenir de linguistique, 1976), comme un autre pouvoir, hétérogène à une langue principale, constituant alors une autre géolinguistique, non traitée par le pouvoir majoritaire/dominant ; il y a alors microluttes, réaction des subalternes.

Sont concernés par ce questionnement tant les arts et les artistes invisibilisés sur leur propre territoire, comme c’est souvent le cas des artistes autochtones, déprécié·e·s et rabaissé·e·s au rang d’artisan·e·s, que les artistes qui ont dû s’exiler pour s’exprimer.

Nous discutons donc également cette hypothèse dans le contexte québécois, auprès d’artistes réfléchissant à leur propre pratique (chorégraphes, dramaturges, plasticiennes et plasticiens, poètes, etc.). Ces démarches, tant celles des acteurs sociaux résidant sur leur territoire d’origine que celles des artistes exilés, peuvent mener à une désaliénation des savoirs qui dépassent la barrière de la langue.

Notre colloque pose la question exposée précédemment à partir du rapport entre langue et langage, pour une hybridation des savoirs entre discours linguistiques, artistiques et phénoménologie.

Axes de réflexion

1) Rapport entre langue hégémonique et langues/langages autres, dans une perspective sociophilosophique

2) La pratique artistique comme alternative à une langue hégémonique et aliénante

3) Processus contradictoires et compatibilité des savoirs

4) Perspectives de re-signification des savoirs lors de parcours croisés (croisements disciplinaires)

5) Catégorisations des arts et artisanats et leurs conséquences économiques (marchandisation versus valeurs)

Possibilités de publication des textes

Les conférenciers pourront soumettre un texte issu de leur présentation, au cours de l’été 2024, en vue d’une publication sous forme d’ouvrage collectif ou de numéro spécial de revue. Des informations supplémentaires seront fournies dans les prochains mois. Les articles soumis seront évalués par un comité de lecture.

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
Discutant-e- de la session : Montserrat Fitó
section icon Date : 14 mai 2024

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