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Quand l’entreprise fait la loi. La « stratégie du choc » et la gestion néolibérale des désordres urbains : l’exemple du campement Devcore à Gatineau

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Dahlia Namian : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

Dans son ouvrage « La doctrine du choc : la montée du capitalisme du désastre », Naomi Klein utilise le concept de « stratégie du choc » pour décrire les processus par lesquels les entreprises privées, de concert avec les pouvoirs publics, exploitent les moments de crise ou de catastrophe pour mettre en œuvre des politiques néolibérales controversées et promouvoir leurs propres intérêts dans des champs ou des secteurs jusque-là réservés au domaine public. Klein affirme qu'en période de bouleversements, tels que les catastrophes naturelles, les épidémies, les troubles politiques, mais aussi les crises économiques, les sociétés sont désorientées et vulnérables. La stratégie du choc suggère ainsi que les crises sont considérées comme des opportunités pour certains groupes de faire avancer leur agenda et de consolider leur pouvoir, souvent au détriment des communautés marginalisées ou vulnérables, en ayant pour résultat d’exacerber les inégalités et de saper les processus démocratiques.

Dans cette communication, nous proposons de considérer comment cette stratégie du choc s’applique au cas d’un projet de campement privé pour sans-abri à Gatineau, financé par le promoteur et développeur immobilier Devcore et facilité par le Comité-choc en logement de la Ville de Gatineau. À l’aide d’observations et d’entretiens ethnographiques, nous proposons de revenir sur le contexte de mise en œuvre de ce campement à l’automne 2023 et les enjeux qu’il soulève.

Résumé du colloque

Depuis la fin des années 1980, l’évolution des politiques publiques québécoises est marquée par l’introduction de la nouvelle gestion publique (NGP) (Hood, 1991), d’abord dans le domaine de la santé (Bolduc, 2018), des services sociaux (Bourque, 2018), puis de la justice (Bernheim, 2023). Les principes à son fondement imposent la rationalisation des finances publiques par l’atteinte d’objectifs mesurables selon des indicateurs d’efficacité, d’efficience, de responsabilité et d’imputabilité. Les conséquences de ce mode de gouvernance sur les organismes et les acteurs du secteur public ainsi que les personnes qui y ont recours sont documentées. D’une part, l’évaluation de la performance du personnel devient tributaire de la célérité de l’intervention sans égard à la complexité de la tâche à accomplir. D’autre part, l’accès aux services publics est de plus en plus difficile en raison de leur rareté, mais aussi de l’imposition de conditions d’accès fondées sur des critères moraux et comportementalistes.

Si l’évolution des politiques publiques et leur implantation dans les domaines de la santé, des services sociaux et de la justice sont documentées, aucune analyse n’a transversalisé les constats dans ces trois domaines en contexte québécois. Or, des liens évidents sont à établir. D’abord, la logique de marché a transformé la conception de ce que sont les services publics. Ensuite, elle a des répercussions sur la qualité du travail des personnes au service de l’État, qu’il s’agisse du sens du travail ou de la capacité à déployer son autonomie professionnelle. Enfin, l’organisation des services sociaux, judiciaires et de santé sur le continuum de services a eu pour effet d’accroître la surveillance et le contrôle des personnes marginalisées, la justice devenant la « porte d’entrée dans les services ».

Le colloque abordera la thématique sous ces trois aspects, en privilégiant les communications portant sur plus d’un des domaines à l’étude.

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
section icon Date : 14 mai 2024

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