Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Anne-Laurence Franzini-Halford : Université de Tours
Cette communication présente le dispositif méthodologique qui a été conduit lors d'une recherche-action-formation, réalisée en 2022-2023, avec et pour des survivantes de violences sexuelles au Sud-Kivu (République Démocratique du Congo), en partenariat avec une ONG internationale. Cette recherche participative, par une démarche intersectionnelle et décoloniale, visait à expérimenter une approche innovante de capitalisation des savoirs d'expérience de survivantes de violences sexuelles aux fins de favoriser le développement du pouvoir d'agir de ces femmes qui font souvent l'objet d'un rejet familial et d'une stigmatisation au sein de la communauté. La praxis collective de la narration de soi a été conçue comme le vecteur central du processus de capitalisation des savoirs d'expérience et d'appropriation du pouvoir de formation par le collectif de femmes survivantes de violences sexuelles impliquées dans le dispositif. Dans le Sud-Kivu, marqué par des crises et conflits prolongés, construire et conduire une recherche participative avec et pour des survivantes de violences sexuelles requiert de prendre en considération le milieu de recherche à partir d'une vision holistique et les rapports sociaux en présence (entre le collectif de femmes, la situation de la chercheuse et le psychologue de l'ONG co-accompagnateur). Les enjeux et les effets d'une démarche de recherche participative qui s'appuie sur une épistémologie soucieuse des lieux et des liens seront présentés.
Ces dernières années, l’appel aux méthodologies intersectionnelles et décoloniales en recherche s’est fait plus urgent au Québec et dans la francophonie, reflétant un profond changement dans les priorités des chercheurs et la prise de conscience de la société. L’intersectionnalité, créée à l’origine par Crenshaw (1989), est un concept qui reconnaît que les individus incarnent des identités multiples fondées sur la race, le genre, la sexualité, la classe sociale, etc. Simultanément, les méthodologies décoloniales remettent en question l’héritage tenace du colonialisme dans le monde universitaire. Elles encouragent les chercheurs à examiner d’un regard critique les structures de pouvoir ancrées dans les pratiques de recherche, la production de connaissances et la représentation, tout en mettant l’accent sur les voix et les points de vue des communautés marginalisées (Bell et al., 2020). Le mouvement en faveur de la décolonisation reconnaît qu’une grande partie de la recherche traditionnelle a perpétué les préjugés coloniaux et réduit au silence les voix autochtones, non occidentales et historiquement marginalisées (Held, 2019; Tuhiwai, 2022; Darder, 2019). Bien que la communauté universitaire reconnaisse l’urgence de considérer de nouvelles approches, les chercheur·e·s ont souvent du mal à appliquer des méthodologies non traditionnelles telles que les approches intersectionnelles et décoloniales, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, ces méthodologies exigent un changement fondamental de perspective et une réflexion personnelle approfondie, ce qui peut être inconfortable. Deuxièmement, elles exigent une reconfiguration des processus de collecte et d’analyse des données qui peut s’avérer substantielle et requérir du temps et des ressources accrues (Misra et al., 2020; Quinless, 2022). Troisièmement, l’inertie institutionnelle et la résistance au changement au sein des disciplines peuvent entraver leur adoption. Enfin, le manque de formation et de compréhension de ces nouvelles méthodologies constitue un obstacle.
Malgré ces difficultés, la reconnaissance croissante de leur importance dans la résolution des complexités sociétales et la promotion de l’inclusion pousse progressivement les chercheur·e·s francophones à les adopter, bien qu’à un rythme plus lent. En accueillant des approches innovantes, en encourageant le dialogue et en bousculant les contours de la recherche traditionnelle, ce colloque contribuera à faire émerger des stratégies concrètes pour des méthodologies et approches conductives à l’EDI et la décolonisation. Le besoin de ces méthodologies est alimenté par une reconnaissance croissante des limites des paradigmes de recherche traditionnels (Ndlovu-Gatsheni, 2019; Hamel-Charest, 2022). L’objectif du colloque est de créer un espace de réflexion sur les défis émergents et occasions en recherche liées aux méthodologies visant la décolonisation, l’équité et la justice intersectionnelle selon une perspective interdisciplinaire.
Titre du colloque :