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Répertoire langagier créole dans une émission de divertissement à la télévision réunionnaise : brouiller les codes pour éviter les normes

FG

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Fabrice Georger : Laboratoire LCF, université de La Réunion

Résumé de la communication

A La Réunion, l’opinion publique témoigne, dans les situations formelles, d’une loyauté hégémonique envers le français dit académique, le créole étant en général réservé à la sphère privée. Au quotidien, le locuteur revendique une liberté langagière à travers l’usage de toute l’étendue que lui offre son répertoire bilingue. A la télévision, là où le français s’imposait, les premières tentatives d’informations en créole reproduisaient la même logique que celle du français, à savoir l’usage d’une langue normée éloignée des pratiques interlectales quotidiennes (Prudent 1981, 1993). Suite aux nombreuses critiques, le format a évolué vers une émission qui se situe maintenant entre information et divertissement.

Nous analyserons le discours d’une présentatrice et d’un témoin de l’émission Kosalafé qui se joue des contraintes normatives, et devient, tout en restant créole, un espace d’observation d’un diasystème conforme aux Unités Multiplexes Sociolinguistiques décrites par Blanchet (2007) et contextualisées par nous-même (Georger, 2014). En général, un noyau syntaxique autours du système verbal joue le rôle de marqueur de créolité, alors que les éléments du lexique et de la phonologie naviguent dans l’ensemble du répertoire à disposition des locuteurs. Ce mode de discours témoigne d’un positionnement glottopolitique qu’il s’agira d’expliciter.

Résumé du colloque

Ce colloque aborde les enjeux sociaux liés aux pratiques langagières dans les formats médiatiques oraux associés au divertissement et les relations complexes entre ces derniers et les publics auxquels ils s’adressent. Si la langue de l’information est relativement bien étudiée sous l’angle d’une norme endogène dans des régions de la francophonie telles que le Québec, on ne peut pas en dire autant des formats médiatiques oraux associés au divertissement, qui se caractérisent par une plus grande diversité de pratiques langagières.

D’un côté, on y observe des productions où le poids de la norme prescriptive, souvent associée au français des Parisiens cultivés, continue à se faire sentir. C’est notamment le cas des films doublés où des productions dans un français « normatif » (terme employé par le milieu) sont encore la règle, et ceci dans plusieurs régions de la francophonie, tout en faisant réagir certaines personnes qui souhaitent reconnaître leur propre culture dans ces produits. De l’autre côté, certaines productions semblent laisser libre cours aux pratiques non standardisées, par exemple les émissions de téléréalité, provoquant également des réactions négatives. Ainsi, les pratiques langagières des candidat·e·s de la téléréalité québécoise Occupation double qui s’écartent de la norme prescriptive sont l’objet de vifs discours épilinguistiques dans la sphère médiatique et entraînent chez ces personnes un sentiment de honte, voire d’insécurité linguistique. Quels que soient les choix langagiers des équipes de production, ceux-ci ne sont pas sans conséquences sociales : le choix du français « normatif » suggère que les autres variétés de français n’ont pas leur place dans la sphère médiatique; le recours à un français socialement ou géographiquement plus marqué attire la critique de certains auditoires.

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
section icon Date : 14 mai 2024

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