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Jean Nephetaly Michel : Université d'Ottawa
Les recherches en sociologie ou en épistémologie de l’ignorance s’intéressent aux conditions sociales de la production d’absence de savoirs sur certains sujets. La production de l’ignorance est l’une des formes d’injustices épistémiques que l’on peut observer comme le résultat de pratiques sociales influencées par les inégalités sociales (Rajeev Bhargava, 2013, Godrie, 2017). Cette absence se traduit par une « colonialité du pouvoir » (Quijano, 2000, 2007) qui implique une injustice épistémique. Le choix des objets de recherche, leur traitement et la production de connaissances scientifiques sont situés (Harraway, 1988) tout comme les savoirs absents. Dans cette communication, nous discuterons de l’absence de savoirs savants sur la famille haïtienne. Comment la situation haïtienne influence-t-elle cette absence ? Nous porterons également notre analyse sur la production scientifique de la diaspora haïtienne nombreuse aux États-Unis et au Canada. Comment la famille haïtienne immigrée en Amérique du Nord est-elle étudiée ? Pourquoi est-elle absente de la sociologie de la famille canadienne et québécoise alors qu’elle représente un groupe populationnel francophone important ?
Ce colloque souhaite orchestrer une réflexion interdisciplinaire sur les injustices épistémiques—réflexion que l’on souhaite aborder sous divers angles (théorique, méthodologique, pratique, empirique). Champ de recherche fort dynamique, cette littérature s’intéresse aux diverses inégalités et injustices liées à l’acquisition, au partage et à la reconnaissance de certains savoirs, et aux liens étroits entre ces inégalités et les rapports de pouvoir. Ces recherchent tentent en outre de saisir comment les préjugés négatifs ambiants (e.g. sexistes, âgistes, capacitistes, sanistes, racistes, classistes) affectent la crédibilité accordée aux savoirs de certains groupes, mais aussi à réfléchir aux moyens de pallier à ces déficits de crédibilité et à la marginalisation. Bien que de nombreux écrits féministes et décoloniaux aient précédemment exploré certaines facettes des phénomènes en question, l’ouvrage phare de Miranda Fricker, Epistemic Injustice (2007), a donné un cadre analytique bien défini au sujet – un cadre repris, critiqué et amendé par plusieurs chercheurs et chercheuses dans la dernière décennie. L’importance et la pertinence de ce corpus est considérable pour les sciences sociales, car il soulève des enjeux complexes sur nos façons de produire et de partager des connaissances. Comment produire celles-ci avec les personnes et les communautés étudiées? Comment bien reconnaître les différentes formes de savoirs? Et comment réfléchir sur les inégalités produites par les nouvelles connaissances ou par certaines méthodologies de recherche?
Titre du colloque :