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Erwan Tanguy : Université de Bretagne-Occidentale
Au travers d’une étude de cas (Passeron & Revel, 2005), nous interrogeons l’utilisation d’un tableau statistique pour faire construire un savoir sociologique en classe seconde (élèves de 15 ans). Le tableau présente comment hommes et femmes répartissent leur temps quotidien (Ricroch, 2012), c’est un outil de pensée organisant la description de la réalité sociale (Goody, 1977). Les élèves doivent constater la différenciation des comportements et expliquer comment se façonnent les dispositions. Les séances sont filmées et analysées à partir du cadre de la théorie de l’action conjointe en didactique (Sensevy, 2011), des concepts de contrat didactique (le système d’attentes et d’habitudes) et de milieu (ici : le tableau). La première itération montre les difficultés des élèves à comprendre la fonction cognitive du tableau. Pour la seconde, les professeur.es recueillent au préalable les savoirs du sens commun sur la répartition genrée des temps, font construire, à partir du tableau initial, un nouveau tableau listant les temps typiquement masculins, féminins, puis, caractériser les différences. La reconstruction du milieu favorise l’articulation de l’exploration du milieu (les données du tableau) au contrat didactique (les savoirs du sens commun permettant de répondre aux attentes) et conduit à une compréhension fine du document. Au final, cette étude de cas met en relief l’importance des savoirs du sens commun dans l’appropriation des méthodes et des savoirs de la sociologie.
L’enseignement des sciences humaines à l’école vise à développer des habiletés intellectuelles relatives à l’argumentation, à la critique, à la synthèse, à l’analyse de documents, etc. (Lee et Shemilt, 2003). Ces habiletés sont réputées outiller les élèves pour faire face aux problématiques sociales actuelles (Dalongeville, Éthier et Lefrançois, 2022). Cependant, si, d’un côté, les élèves démontrent des capacités à exercer ces habiletés lorsqu’il y a des séquences consacrées à cet effet (Cariou, 2022; Doussot, 2018), d’un autre côté, le personnel enseignant semble privilégier la mémorisation afin d’assurer la transmission de connaissances essentielles (Boutonnet, 2015; Moisan et Saussez, 2019).
Pourtant, la plupart des modèles théoriques sur la pensée historienne ou géographique convergent pour proposer des activités qui mènent les élèves au-delà de la mémorisation. Comment alors favoriser un enseignement critique des sciences humaines? Quels apprentissages sont essentiels? Quels dispositifs d’enseignement permettent de réaliser ces apprentissages? Quelles contraintes pourraient limiter certains apprentissages ou certaines pratiques?
Plusieurs ressources et moyens didactiques peuvent être mobilisés afin de réaliser des apprentissages complexes et durables. Les approches fondées sur la problématisation, la conceptualisation, le débat, l’argumentation, l’usage critique de ressources semblent montrer des effets positifs sur le développement d’habiletés intellectuelles. Mobiliser des savoirs et des habiletés intellectuelles demeure une priorité pour l’école et les programmes, mais dans quelles conditions? Et avec quels moyens? Ce colloque vise à échanger et à proposer des pistes de solution pour favoriser un enseignement critique des sciences humaines tout en considérant les contraintes inhérentes au travail enseignant, mais aussi en posant un regard critique sur les propositions théoriques afin de mieux arrimer les finalités, les apprentissages et les pratiques.
Titre du colloque :