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Trois pistes pour renouveler l’épistémologie africaine

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Robert Mbella Mbappé : Université de Yaoundé I

Résumé de la communication

En ce siècle, la production d’un savoir africain constitue l’un des défis que l’Afrique, assujettie à un ordre scientifique majoritairement occidental, doit relever. Cette situation a donné lieu à une épistémologie de la reproduction, tout savoir n’ayant de valeur que lorsqu’il se légitime à partir du discours scientifique occidental. Les cadres d’analyse ainsi empruntés, s’avèrent souvent inadaptés à l’écosystème africain. L’usage de chiffres s’est érigé en mètre-étalon de la recherche, si bien que les travaux de recherche les plus considérés sont ceux qui intègrent des mesures quantitatives. Or, certaines réalités échappent à ce mode d’appréhension du réel, parce que ces méthodologies sont imparfaites pour rendre compte de l’expérience de l’aventure sociale. Les revues occidentales priorisent certaines thématiques et même certains cadres d’analyse, ce qui a pour conséquence l’exclusion des thématiques prioritaires pour l’Afrique en raison d’une asymétrie de besoins. Derrière de telles pratiques scientifiques se cache une oppression et la création d’inégalités épistémiques. Il y a donc la nécessité d’une réinvention de la science africaine. En partant de ce contexte, la présente étude propose trois approches pour un tel projet: il s’agit de (i) l’épistémologie réflexiviste, (ii) l’épistémologie de la transgression et (iii) l’épistémologie du vivant.

Résumé du colloque

Ces dernières années, l’appel aux méthodologies intersectionnelles et décoloniales en recherche s’est fait plus urgent au Québec et dans la francophonie, reflétant un profond changement dans les priorités des chercheurs et la prise de conscience de la société. L’intersectionnalité, créée à l’origine par Crenshaw (1989), est un concept qui reconnaît que les individus incarnent des identités multiples fondées sur la race, le genre, la sexualité, la classe sociale, etc. Simultanément, les méthodologies décoloniales remettent en question l’héritage tenace du colonialisme dans le monde universitaire. Elles encouragent les chercheurs à examiner d’un regard critique les structures de pouvoir ancrées dans les pratiques de recherche, la production de connaissances et la représentation, tout en mettant l’accent sur les voix et les points de vue des communautés marginalisées (Bell et al., 2020). Le mouvement en faveur de la décolonisation reconnaît qu’une grande partie de la recherche traditionnelle a perpétué les préjugés coloniaux et réduit au silence les voix autochtones, non occidentales et historiquement marginalisées (Held, 2019; Tuhiwai, 2022; Darder, 2019). Bien que la communauté universitaire reconnaisse l’urgence de considérer de nouvelles approches, les chercheur·e·s ont souvent du mal à appliquer des méthodologies non traditionnelles telles que les approches intersectionnelles et décoloniales, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, ces méthodologies exigent un changement fondamental de perspective et une réflexion personnelle approfondie, ce qui peut être inconfortable. Deuxièmement, elles exigent une reconfiguration des processus de collecte et d’analyse des données qui peut s’avérer substantielle et requérir du temps et des ressources accrues (Misra et al., 2020; Quinless, 2022). Troisièmement, l’inertie institutionnelle et la résistance au changement au sein des disciplines peuvent entraver leur adoption. Enfin, le manque de formation et de compréhension de ces nouvelles méthodologies constitue un obstacle.

Malgré ces difficultés, la reconnaissance croissante de leur importance dans la résolution des complexités sociétales et la promotion de l’inclusion pousse progressivement les chercheur·e·s francophones à les adopter, bien qu’à un rythme plus lent. En accueillant des approches innovantes, en encourageant le dialogue et en bousculant les contours de la recherche traditionnelle, ce colloque contribuera à faire émerger des stratégies concrètes pour des méthodologies et approches conductives à l’EDI et la décolonisation. Le besoin de ces méthodologies est alimenté par une reconnaissance croissante des limites des paradigmes de recherche traditionnels (Ndlovu-Gatsheni, 2019; Hamel-Charest, 2022). L’objectif du colloque est de créer un espace de réflexion sur les défis émergents et occasions en recherche liées aux méthodologies visant la décolonisation, l’équité et la justice intersectionnelle selon une perspective interdisciplinaire.

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
section icon Date : 14 mai 2024

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