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Georgette Leblanc : Université de Moncton
Alors que depuis les années 1970, le corps féminin en littérature acadienne était actif et prenait la parole, moi, jeune écrivaine de la génération X, je restais sur ma faim, toujours aux prises avec Évangéline et son mythos adopté par le discours officiel acadien. Où était la jeune femme, mère, sensuelle et hétérosexuelle, collée à éros comme moi, malgré les prescriptions du cadre nationaliste acadien et de ses icônes saintes et chastes ? Je propose une communication sur le corps féminin en littérature acadienne et le personnage Alma en particulier, personnage éponyme comme stratégie non-subversive, féministe et littéraire. L’auto-analyse et le dire-vrai (Éribon) de mon expérience d’écriture de Alma révèle qu’au-delà de mes intentions (conscientes) à l’époque – de vouloir ajouter aux archétypes féminins en littérature acadienne et de faire une place à une expérience féminine occultée du discours « officiel national » acadien - écrire Alma c’était aussi une manière d’écrire sur « moi », la recherche et le récit biographique de ma grand-mère n’étant qu’un squelette narratif pour écrire mon expérience, mon intimité. Autrement dit, Alma était véritablement un « délicieux compromis entre une liberté et un souvenir » (Barthes), un nouveau personnage féminin pour contribuer à la fois à ma propre quête artistique et à la régénération de la mémoire collective acadienne.
Ce colloque vise à montrer comment les productions d’artistes sont souvent le reflet des tendances marginales, voire contestataires ou subversives d’une époque, tendances qui deviennent dominantes ou non au cours des ans. Puisant à même les textes, performances, récits d’artistes acadiens et acadiennes puis les combinant à des données ethnographiques recueillies pendant la période privilégiée, les participant·e·s au colloque vont montrer l’évolution des positionnements d’artistes dans leur manière de construire l’acadianité depuis 50 ans. Annette Boudreau montrera comment les poètes de la décennie de 1970, Herménégilde Chiasson, Raymond Guy Leblanc et Guy Arsenault, ont voulu donner une voix à leur communauté en libérant la parole, en troquant la honte pour la fierté, en jouant à leur insu un rôle politique indéniable. Mireille McLaughlin se penchera sur la part de l’affect dans les transformations discursives opérées par les artistes pour (re)définir la légitimité de l’acadianité comme espace produit par et reproducteur de la colonialité du pouvoir. Eugénie Tessier poursuit la réflexion en montrant comment la notion de quétaineries, apparentée à des notions-sœurs, le camp et le kitsch (Sontag, 1964), est reprise par des artistes acadiens aujourd’hui et peut servir à examiner des stratégies identitaires et esthétiques nouvelles. Isabelle LeBlanc se penchera sur les performances d’une artiste queer qui remet en question les catégories identitaires et genrées pour proposer une forme de désidentification (Muñoz, 1999), positionnement qui affiche un refus d’être lié à une identité assignée. À partir de son recueil Alma, Georgette Leblanc proposera une autoanalyse sur la représentation d’une femme « comme les autres » en littérature acadienne. Herménégilde Chiasson, artiste invité, proposera une réflexion sur les productions artistiques en Acadie à la suite des quatre présentations. Le colloque montre qu’au fil du temps les artistes agissent comme des révélateurs des changements sociétaux qui caractérisent leur époque tout en restant ancrés dans une réalité qu’ils contribuent à transformer.