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La savante habite-t-elle le même monde que la poète ?

MF

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Maxime Fecteau : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Dans son essai Finding the Mother Tree (2022), l’écologiste canadienne Suzanne Simard raconte comment elle s’est attachée au milieu forestier qu’elle étudie. Ce terme, venant d’une scientifique, n’est pas banal. Dans le langage courant, l’attachement est souvent filial, sentimental, lié à des valeurs ou à des principes. « Être attaché·e » signifie ressentir de l’affection ou un sentiment d’appartenance envers quelqu’un. Cela implique de se soucier de l’autre, en pensée et en action. C’est pourquoi elle a osé s’imaginer que ses objets d’étude, les arbres d’une forêt, pourraient être perçus comme un ensemble de sujets liés les uns aux autres, qui, comme nous, valorisent certaines manières de coexister dans le monde. Autrefois, seul·es les poètes pouvaient rêver une telle « forêt enchantée ». Mais aujourd’hui, grâce aux découvertes auxquelles elle a contribué, l’écologiste a vécu une prise de conscience aussi savante que lyrique : « Il est impossible d’ignorer les preuves scientifiques, écrit-elle : la forêt est dotée de sagesse, de sensibilité et d’une capacité de guérison. »

Cette communication sera l’occasion d’explorer, en dialogue avec certains passages de l’essai de Simard, ce que je nomme l’écoanalogie : une approche esthétique et conceptuelle de l’essayistique environnementale contemporaine. Cette approche met de l’avant une perspective à la fois scientifique et animiste du vivant, qui se manifeste de manière résolument métaphorique dans son expression littéraire.

Résumé du colloque

Les marges de nos carnets se peuplent d’idées et de sujets possibles –- ceux que nous ne ferons pas, que nous n’aurons pas le temps de faire —, et qui exercent et exerceront toujours une pression contre : les sujets que l’on ne creuse pas, qui restent à l’état de piste, nous fascinent et nous paraissent d’autant plus désirables que nous travaillons à autre chose.

Dans quelle relation sont l’accompli et l’inaccompli dans la pratique du chercheur en poésie ? En quoi les sujets notés dans nos marges influencent-ils le sujet présent, auquel on travaille, quelle pression exercent-ils ? Cette démarche elle-même, cette pratique de la pensée n’a-t-elle pas un lien intime avec la poésie ?

La pensée libre se déploie souvent par bonds capricieux, qui ne répondent ni aux impératifs ni aux intérêts. Et il se trouve que quiconque pratique cette pensée libre sort de son expertise pour se pencher, comme en aparté, sur des idées, des plans, des projets imprévisibles et informes. La rêverie ne peut-elle pas profiter de cette mise en lumière pour réaffirmer son droit d’exister au premier chef ? Si cette affirmation manque, nous voulons y pallier en lui donnant deux caractères, à la fois distincts et fortement liés : le poétique et le savant. Entre les démarches du savant et du poète un fil infaillible les saisit tous deux dans le même horizon, soit d’explorer et, pour cela, dépasser (sans lui tourner le dos) le monde connu. Le savant et le poète ont un même regard porté vers l’à-venir et, au-delà d’un certain point, n’ont plus besoin d’attendre une confirmation du monde actuel pour que la rêverie s’engage et réponde d’elle-même, dans la phase d’invention où elle cherche ailleurs ce qui peut convenir ici, maintenant. C’est entre autres ce que montrent les travaux de Judith Schlanger, d’Isabelle Stengers et de Jean-Pierre Bertrand.

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
news icon Thème du colloque :
Rêveries poétiques et savantes
section icon Date : 15 mai 2024

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Titre du colloque :

Rêveries poétiques et savantes

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Thème du colloque :

Rêveries poétiques et savantes