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Maxime Ilou : ENS de Lyon
L’héritage cartésien de d’Aguesseau, chancelier de France et juriste éminent du XVIIIe siècle, ne fait aucun doute pour les historiens du droit. Le titre même de ses Méditations métaphysiques renvoie explicitement à cette filiation cartésienne. Or, d’Aguesseau procède à une application juridique – peut-être surprenante – de la philosophie de Descartes, et ce à travers un déplacement de concepts ou de philosophèmes cartésiens. Ce premier détournement nous invite à questionner la manière dont la réception d’un héritage philosophique peut servir des fins étrangères au projet initial : que reste-t-il de cartésien dans la pensée de d’Aguesseau ? C’est alors la fidélité à la méthode et aux concepts cartésiens qui permettrait au jurisconsulte de s’inscrire légitimement dans la filiation de Descartes, tout en dialoguant avec d’autres de ses disciples, comme Malebranche et Domat.
Or, la fidélité au cartésianisme s’accompagne également d’emprunts pluriels au jusnaturalisme (citons a minima Gro0us et Pufendorf). Ce serait dès lors une forme d’éclectisme qui permettrait au jurisconsulte de proposer une théorie du droit.
Deux hypothèses s’offrent alors à nous : ou bien cet héritage cartésien doit être relativisé, au vu notamment de l’absence de considérations juridiques et politiques de Descartes ; ou bien cet éclectisme permet de mettre au jour des similitudes, ou du moins des échos conceptuels et théoriques, entre des philosophies qui, au premier abord, semblent étrangères.
Que disons-nous quand nous clamons être marxistes, épicuriens ou spinozistes ? Que signifie être utilitariste, nominaliste ou matérialiste ? La philosophie, discipline éminemment critique, est étonnamment, aussi, marquée par une activité incessante de production de filiations. Les philosophes, souvent, inscrivent leur travail de production conceptuelle dans le sillage d’autres philosophes, revendiquent un concept arraché à un corpus existant ou prétendent restituer l’authenticité d’une démarche repérée dans les replis d’une œuvre. Que les philosophes admettent ou non faire de l’histoire de la philosophie, toujours est mis en scène un état de la discipline par rapport auquel leur opération se situe, toujours leur pensée fournit des indices au sujet des lieux où elle a trouvé ses matériaux.
Cet atelier s’intéressera à la manière dont les philosophes ont thématisé la question de l’héritage, de l’héritage plus proprement philosophique, c’est-à-dire de la manière dont est abordée la question de la réception, mais depuis la perspective de la personne qui reçoit. Comment use-t-on d’un legs ? Quel devoir de fidélité avons-nous par rapport à lui, et comment sait-on que nous lui faisons honneur ? De quelle liberté disposons-nous à son égard et à partir de quand peut-on dire que nous avons rompu avec lui ?
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