Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Emmanuel Mabille : Université de Montréal
Au lieu de proposer une réponse à la question désormais classique : « Qu’est-ce qu’être cartésien ? », on se demandera ici ce que peut bien signifier ne pas être cartésien, en s’intéressant aux cas de Pascal et de Malebranche. On proposera d’abord de lire ces deux philosophies comme deux manières apparemment opposées de « partir de Descartes » (Vincent Carraud), en privant le savoir de tout fondement métaphysique (Pascal) ou en fondant le savoir en Dieu même (Malebranche). Mais l’on s’attachera surtout à montrer que ces deux manières divergentes de se positionner par rapport à l’héritage que constitue le « cogito » trouvent leur origine dans un même constat, c’est à savoir la nécessité d’une anthropologie : ne pas être cartésien, c’est en fait approfondir
la connaissance de l’homme. Dans cette perspective, on essaiera de déterminer les modalités et les enjeux d’une telle connaissance qui, chez ces deux auteurs, devient indissociable de la philosophie elle-même - préfigurant ainsi la « science de l’homme » des Lumières. Ce faisant, on réfléchira plus généralement à la manière dont ils se réapproprient, en partant de Descartes, la question pluriséculaire de la connaissance de soi (Pierre Courcelle) pour l’arracher au giron de la métaphysique : Pascal et Malebranche ne seraient-ils pas montaigniens plutôt que cartésiens ?
Que disons-nous quand nous clamons être marxistes, épicuriens ou spinozistes ? Que signifie être utilitariste, nominaliste ou matérialiste ? La philosophie, discipline éminemment critique, est étonnamment, aussi, marquée par une activité incessante de production de filiations. Les philosophes, souvent, inscrivent leur travail de production conceptuelle dans le sillage d’autres philosophes, revendiquent un concept arraché à un corpus existant ou prétendent restituer l’authenticité d’une démarche repérée dans les replis d’une œuvre. Que les philosophes admettent ou non faire de l’histoire de la philosophie, toujours est mis en scène un état de la discipline par rapport auquel leur opération se situe, toujours leur pensée fournit des indices au sujet des lieux où elle a trouvé ses matériaux.
Cet atelier s’intéressera à la manière dont les philosophes ont thématisé la question de l’héritage, de l’héritage plus proprement philosophique, c’est-à-dire de la manière dont est abordée la question de la réception, mais depuis la perspective de la personne qui reçoit. Comment use-t-on d’un legs ? Quel devoir de fidélité avons-nous par rapport à lui, et comment sait-on que nous lui faisons honneur ? De quelle liberté disposons-nous à son égard et à partir de quand peut-on dire que nous avons rompu avec lui ?
Titre du colloque :
Thème du colloque :