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Éloge de la rêverie. Dialogue avec Anne Dufourmantelle

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Marie Denieuil-Hovanessian : Université Caen-Normandie, UR 2129 Identité et subjectivité

Résumé de la communication

Et si la rêverie était précisément ce sur quoi il fallait s’attarder ? Ce lieu marginal et insaisissable où la pensée, à l’état de glaise, se formait ? Et où l’individu, partout ailleurs contraint de poursuivre des objectifs rhétoriques par une communication structurée et efficace (remporter l’adhésion, susciter l’attention), se libérait enfin des carcans sociaux pour saisir l’épaisseur de sa propre vie, la densité fugace de sa propre existence ? Notre contribution propose, à partir de l’essai d’Anne Dufourmantelle sur L’intelligence du rêve (Payot, Paris, 2012), d’interroger cette notion de rêverie au prisme de trois axes : le désir, les formes marginales que celle-ci emprunte et qui laissent apparaître une poétique de l’inaccompli, et l’ouverture à la vie et à la transformation de soi auxquelles celle-ci invite.

En prenant soin de distinguer la rêverie de l’inaction, nous comprenons que la poétique de l’inaccompli n’est rien d’autre qu’une manière pour la vie de préparer souterrainement, au cœur d’un être vivant, le moment de son prochain accueil. Le rêve en marge, en s’inscrivant dans le champ des possibles, donne le droit d’aimer le monde, de lire le réel pour mieux le transformer et se transformer soi-même. Ne rêve-t-on pas toujours, dans notre pensée ou dans nos carnets, dans nos marges ou dans nos brouillons, pour retrouver la vie qui s’est dissimulée en nous ? Et si le but de la rêverie n’était pas tant d’accomplir que de maintenir en vie, dans une pleine vie ?

Résumé du colloque

Les marges de nos carnets se peuplent d’idées et de sujets possibles –- ceux que nous ne ferons pas, que nous n’aurons pas le temps de faire —, et qui exercent et exerceront toujours une pression contre : les sujets que l’on ne creuse pas, qui restent à l’état de piste, nous fascinent et nous paraissent d’autant plus désirables que nous travaillons à autre chose.

Dans quelle relation sont l’accompli et l’inaccompli dans la pratique du chercheur en poésie ? En quoi les sujets notés dans nos marges influencent-ils le sujet présent, auquel on travaille, quelle pression exercent-ils ? Cette démarche elle-même, cette pratique de la pensée n’a-t-elle pas un lien intime avec la poésie ?

La pensée libre se déploie souvent par bonds capricieux, qui ne répondent ni aux impératifs ni aux intérêts. Et il se trouve que quiconque pratique cette pensée libre sort de son expertise pour se pencher, comme en aparté, sur des idées, des plans, des projets imprévisibles et informes. La rêverie ne peut-elle pas profiter de cette mise en lumière pour réaffirmer son droit d’exister au premier chef ? Si cette affirmation manque, nous voulons y pallier en lui donnant deux caractères, à la fois distincts et fortement liés : le poétique et le savant. Entre les démarches du savant et du poète un fil infaillible les saisit tous deux dans le même horizon, soit d’explorer et, pour cela, dépasser (sans lui tourner le dos) le monde connu. Le savant et le poète ont un même regard porté vers l’à-venir et, au-delà d’un certain point, n’ont plus besoin d’attendre une confirmation du monde actuel pour que la rêverie s’engage et réponde d’elle-même, dans la phase d’invention où elle cherche ailleurs ce qui peut convenir ici, maintenant. C’est entre autres ce que montrent les travaux de Judith Schlanger, d’Isabelle Stengers et de Jean-Pierre Bertrand.

Contexte

section icon Thème du congrès 2024 (91e édition) :
Mobiliser les savoirs en français
news icon Thème du colloque :
Rêveries poétiques et savantes
section icon Date : 16 mai 2024

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Titre du colloque :

Rêveries poétiques et savantes

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Rêveries poétiques et savantes