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Antony Payeur : Université de Sherbrooke
Selon l’échelle de transparence des langues écrites élaborée par Seymour et al. (2003), l’orthographe française est très opaque. Nous nous intéressons au rapport qu’entretient chaque variété entre la phonologie des locuteurs de ces communautés linguistiques et de leur maîtrise orthographique.
Notre objectif dans ce travail est donc de vérifier si, pour deux variétés de français assez éloignées, la production de certaines erreurs orthographiques est influencée par les différentes correspondances graphie/phonie établies dans chaque variété. Nous nous sommes inspiré de la recherche de Treiman et Barry (2000) portant sur l’orthographe anglaise afin d’élaborer notre projet. D’abord, une liste a été dressée à partir de mots mettant en opposition des paires minimales. On y retrouve cinquante mots contenant des voyelles qui sont prononcées différemment d’une variété du français à l’autre. Ensuite, cette dernière a été enregistrée dans les deux variétés choisies. Dans un questionnaire contenant ces enregistrements, les élèves d’une école sherbrookoise (Québec) et d’une école de la province du Luxembourg (Belgique) ont écouté la prononciation de ces mots et y ont associé, d’après les choix de réponse proposés, l’orthographe correspondante. Ainsi, nous pourrons analyser les erreurs des élèves et observer si elles surviennent sur les mêmes mots, permettant d’établir des liens entre la variation phonologique topolectale et la production d’erreurs orthographiques.
La réforme des accords du participe passé, récemment remise à l’ordre du jour, a permis de relancer les discussions sur l’orthographe française, que ce soit dans les médias, les associations d’enseignement ou des activités grand public (p. ex., la table ronde organisée à l’Université de Montréal en septembre dernier). Or les discours sur l’orthographe dans la sphère publique peinent à dépasser les idées reçues sur le sujet (Dister et Moreau, 2012; Rheault et Elchacar, 2019). Toute proposition de changement est perçue comme une dégradation ou un désaveu de l’importance accordée à la « qualité de la langue ». Ceci est particulièrement vrai pour les francophonies périphériques qui vivent une grande insécurité linguistique, insécurité qui s’ajoute, pour la population québécoise, à une peur de voir leur langue décliner, voire disparaître.
Les recherches en linguistique sont pourtant unanimes : l’orthographe française est incohérente, les élèves peinent à la maitriser (Manesse et Cogis, 2007), elle entraîne des problèmes de société non négligeables (Legros et Moreau, 2012). Les recherches qui abordent l’orthographe d’un point de vue linguistique contribuent à mieux la cerner et la comprendre, pour éventuellement agir sur elle d’une manière raisonnée, en se fondant sur des données empiriques.
Dister, A. et Moreau, M.-L. (dir.) (2012) « Réforme de l’orthographe française – Craintes, attentes et réactions des citoyens ». Glottopol, no 19, pp. 36-53.
Legros, G. et Moreau, M.-L. (2012) Orthographe : qui a peur de la réforme ?, Fédération Wallonie-Bruxelles.
Manesse, D. et Cogis, D. (2007) Orthographe : à qui la faute?, Issy-les-Moulineaux, ESF éditions.
Rheault, A.-H. et Elchacar, M. (2019) « La vision des rectifications orthographiques, toujours aussi négatives au Québec ? Étude de l’évolution des discours dans la presse québécoise », Remysen, W. et S. Schwarze (dir.), Idéologies sur la langue et médias écrits : le cas du français et de l’italien, Frankfurt am Main, Peter Lang, pp. 13-36.
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