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Michelle Dorion : Université d'Ottawa
Au Canada, la situation pandémique de la COVID-19 a donné un coup d’accélérateur à la téléconsultation qui est en plein essor. Ce dispositif est intégré dans plusieurs milieux cliniques et représente un terrain fertile pour rehausser la disponibilité et l’accessibilité des services de santé en français pour les communautés francophones vivant en situation minoritaire (CFSM). Or, pour mieux comprendre les usages de la téléconsultation parmi cette population, il est impératif que ce dispositif soit intégré de manière réfléchie et équitable en tenant compte de l’opinion des patients et professionnels de la santé francophones. Selon la littérature, les questionnaires pour mesurer le degré de satisfaction de ces utilisateurs existent uniquement en anglais, ce qui rend problématique la mesure du ressenti des francophones. Nous avons donc mené une étude pour développer des questionnaires de satisfaction qui tiennent compte de la réalité sociolinguistique des francophones et qui sont sensibles pour détecter les besoins cliniques des patients et professionnels de la santé quant à l’utilisation de la téléconsultation en contexte francophone minoritaire.
Les transformations numériques en santé ne sont pas récentes et d’innombrables technologies sont aujourd’hui disponibles telles que des applications mobiles dédiées à la santé ou au bien-être, des objets connectés pour accompagner les patients souffrant de maladies chroniques, des robots pour opérer ou stimuler cognitivement des personnes atteintes de maladies neurodégénératives, des dispositifs portables ou implantables pour diagnostiquer des troubles neurologiques, cardiaques ou autres. Autant de technologies émergentes qui sont fréquemment présentées comme une réponse aux enjeux de soutenabilité des systèmes de santé dans un contexte de vieillissement de la population et d’augmentation des maladies chroniques, l’objectif étant l’amélioration de la performance des systèmes de santé. Néanmoins, l’usage de technologies numériques de santé tant par les soignants que les patients soulèvent de nombreux enjeux à la fois communicationnels (ex. : pertes d’information, sentiment de distance), relationnels (ex. : reconfiguration des interactions patients-soignants et de la relation thérapeutique, nouvelles formes de proximité à distance), organisationnels (ex. : travail d’articulation supplémentaire, redistribution des responsabilités), sociétaux (ex. : inégalités territoriales, enjeux d’accessibilité, risques de discrimination), éducatifs (ex. : formation des professionnel·le·s, transformation des dispositifs d’éducation thérapeutique) et de conceptions (ex. : engagement des usagers — dont les patients — dans la conception).
L’objectif général de ce colloque est donc de réunir la communauté scientifique francophone autour de la question des usages projetés et concrets des technologies numériques de santé en invitant les chercheur·e·s (de diverses disciplines des sciences de la santé, sciences sociales et humaines, génie et gestion) à analyser le caractère socialement situé, incarné et équipé des usages des technologies numériques de santé et de « rendre visible » des pratiques sociales, des « trajectoires d’usage » imaginées ou réelles ou des processus de « domestication ». Le colloque s’organisera autour de trois axes :
Axe 1 : Télémédecine et activités du patient-soignant : soin distant, présence connectée et proximité renégociée
Axe 2 : Technologies d’autosurveillance et d’autosoin : du « soi quantifié » au « soin connecté »
Axe 3 : L’intelligence artificielle (IA) et la médecine « 4P » (personnalisée-préventive-prédictive-participative) : de la « datafication » au clinicien-patient-soin « augmenté »
Titre du colloque :