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Eva Lemaire : University of Alberta
Je propose de discuter de la nécessité, pour l’éducation francophone minoritaire et l’immersion française, de développer une perspective spécifique sur la réconciliation, au-delà de la traduction des ressources produites dans le milieu anglophone, afin d’adresser l’histoire et les enjeux propres à la francophonie en lien avec les peuples autochtones. Alors que les appels à l’action de la Commission de Vérité et de Réconciliation du Canada (2015) ont amené les provinces à repenser les programmes d’études, les professionnels de l’enseignement exerçant en langue française sont souvent démunis, faute de ressources spécifiques au contexte francophone minoritaire et immersif, et faute de relations établies avec les différentes communautés autochtones (Côté, 2021a, 2021b ; Griffith-Zahner, 2023).
En me basant sur mes travaux, je discuterai des possibilités de faire émerger une réflexivité sur les contacts de langue entre français et langues autochtones notamment grâce au(x) michif(s) (Lemaire, 2021a). On abordera aussi le rôle des écoles résidentielles et écoles de missionnaires francophones (Lemaire, 2022a), l’importance d’opter pour une approche plus inclusive envers les Ainés afin d’éviter de reproduire une nouvelle violence coloniale sous couvert de défendre les droits linguistiques francophones (Dion et al., 2021 ; Lemaire, 2023), et enfin les enjeux en termes de formation des enseignants et futurs enseignants (Lemaire, 2022b, 2021b, 2020 ; Lemaire et al., 2020).
L’éducation de langue française en contexte anglodominé est actuellement un espace en tension. Avec la pression de renforcer l’identité francophone tout en promouvant la réconciliation avec les peuples autochtones (Commission de vérité et réconciliation du Canada [CVR], 2015), lutter contre le racisme en tant qu’institution eurocentrique (Gérin-Lajoie, 2020; Ibrahim, 2016) et participer à l’accueil et à l’installation des familles immigrantes ou réfugiées (Blaney, 2011; Farmer et al., 2013; Initiative des communautés francophones accueillantes), l’éducation de langue française est un espace dynamique et complexe.
Par leurs questionnements et leurs recherches, les chercheuses et chercheurs participent à la description de cet espace scolaire francophone, mais aussi au dialogue au sujet des enjeux « sous tension ». Que ce soit dans le domaine de la didactique, des fondements de l’éducation ou de l’administration et du leadership scolaire, les chercheuses et chercheurs constatent divers enjeux, les priorisent, les théorisent, en font des objets de recherche et, par un retour récursif avec le terrain de l’éducation de langue française, agissent sur ces enjeux et sur l’avenir du projet éducatif de la minorité de langue officielle. Bien que les chercheuses et chercheurs qui s’inscrivent dans ces divers domaines ont souvent le même objet de recherche, peu d’occasions sont offertes pour réfléchir ensemble aux enjeux qui nous préoccupent, pour confronter nos perspectives et déceler les zones d’ombre de nos positionnements. Ce colloque est le lieu d’une telle rencontre et de mise en commun des expertises sur l’éducation de langue française dans des contextes anglodominés ou diversifiés.
Le colloque est organisé sous forme de cercles de dialogue exploratoire. Au contraire de la présentation magistrale, un dialogue exploratoire est un espace commun de raisonnement, de partage des conceptions de départ, de remise en question et de construction de connaissances communes (adapté de Littleton et Mercer, 2010 : p. 279).
Chaque cercle de dialogue exploratoire dure 50 minutes et comporte une ou plusieurs communications de 10 minutes chacune liées à un des thèmes proposés ou soulevés en fonction des propositions reçues, suivi d’une période de discussion de 20 minutes ayant pour but de susciter le dialogue exploratoire et l’émergence de nouvelles questions de recherche. Les personnes inscrites à distance peuvent interagir avec le groupe au moyen d’un clavardage. En raison de la nature interactive du colloque, il est attendu que les personnes participantes soient présentes pendant toute la durée du colloque (une journée et demie). Un repas froid est offert à l’heure du midi du 16 mai aux personnes inscrites au colloque.
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