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Marie Steffens : Universiteit Utrecht / Université de Liège
En 2014, le Conseil international de la langue française a proposé une réforme en profondeur des accords du participe passé. Depuis, des associations d’enseignement à travers la francophonie les ont appuyées.
Des études ont identifié les accords du participe passé comme une source importante de fautes d’orthographe ou un élément à modifier (Brissaud et Cogis 2008, Legros 2003, Leroy et Leroy 1995). Pour autant, cette vérité scientifique rencontre-t-elle l’opinion publique, souvent frileuse au changement ? Et plus spécifiquement, comment la presse générale, à la fois écho et caisse de résonnance des questions de société, se positionne-t-elle sur cette question ?
Cette communication présentera une étude comparative de la réception des propositions de changements d’accords du participe passé dans les presses belge, française et québécoise. Elle s’intéressera d’abord à la réception lors de la naissance de ces propositions en 2014 puis aux réapparitions récentes du sujet sur la scène médiatique dans les trois pays ciblés.
Nous ferons émerger les ressemblances ou les disparités dans le traitement médiatique de cette question linguistique par chaque communauté et son évolution au fil du temps. À travers l’analyse des débats sur l’accord du participe passé et des représentations qu’en véhicule la presse en francophonie, c’est aussi le rapport des différentes communautés linguistiques à leur langue et à la norme qui sera ainsi interrogé.
La réforme des accords du participe passé, récemment remise à l’ordre du jour, a permis de relancer les discussions sur l’orthographe française, que ce soit dans les médias, les associations d’enseignement ou des activités grand public (p. ex., la table ronde organisée à l’Université de Montréal en septembre dernier). Or les discours sur l’orthographe dans la sphère publique peinent à dépasser les idées reçues sur le sujet (Dister et Moreau, 2012; Rheault et Elchacar, 2019). Toute proposition de changement est perçue comme une dégradation ou un désaveu de l’importance accordée à la « qualité de la langue ». Ceci est particulièrement vrai pour les francophonies périphériques qui vivent une grande insécurité linguistique, insécurité qui s’ajoute, pour la population québécoise, à une peur de voir leur langue décliner, voire disparaître.
Les recherches en linguistique sont pourtant unanimes : l’orthographe française est incohérente, les élèves peinent à la maitriser (Manesse et Cogis, 2007), elle entraîne des problèmes de société non négligeables (Legros et Moreau, 2012). Les recherches qui abordent l’orthographe d’un point de vue linguistique contribuent à mieux la cerner et la comprendre, pour éventuellement agir sur elle d’une manière raisonnée, en se fondant sur des données empiriques.
Dister, A. et Moreau, M.-L. (dir.) (2012) « Réforme de l’orthographe française – Craintes, attentes et réactions des citoyens ». Glottopol, no 19, pp. 36-53.
Legros, G. et Moreau, M.-L. (2012) Orthographe : qui a peur de la réforme ?, Fédération Wallonie-Bruxelles.
Manesse, D. et Cogis, D. (2007) Orthographe : à qui la faute?, Issy-les-Moulineaux, ESF éditions.
Rheault, A.-H. et Elchacar, M. (2019) « La vision des rectifications orthographiques, toujours aussi négatives au Québec ? Étude de l’évolution des discours dans la presse québécoise », Remysen, W. et S. Schwarze (dir.), Idéologies sur la langue et médias écrits : le cas du français et de l’italien, Frankfurt am Main, Peter Lang, pp. 13-36.
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