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Benjamin Gagné : Université de Montréal
Si les églises évangéliques urbaines canadiennes font l’objet de recherches depuis une dizaine d’années, les questions de contacts sociaux significatifs et les changements de perceptions et d’attitudes des évangéliques envers les non-évangéliques n’ont pratiquement pas été explorés dans le contexte canadien. Les conclusions d’une enquête auprès de jeunes désaffiliés évangéliques relevaient que la socialisation primaire et secondaire s’appuie sur une logique sociale dite du « tout ou rien ». La présentation se penche sur le cas de quatre églises urbaines récentes au Québec dans les villes de Sherbrooke, Laval, Québec et Montréal. Elles auraient contribué à la transformation de plusieurs représentations symboliques, en particulier dans leur rapport Église/« monde ». Certaines d’entre elles, plutôt que de perpétuer l’ancien rapport d’opposition, cherchent à contribuer au renouveau social et spirituel de la ville. L’entrée sur le terrain ayant été effectuée en février 2023, il s’agira donc de résultats préliminaires issus d’observations participantes et d’entretiens menés auprès des responsables des églises.
Depuis 20 ans, la recherche portant sur la diversité religieuse a beaucoup avancé dans le monde francophone sur les questions relatives aux accommodements raisonnables, à la laïcité et à la liberté de conscience et de religion. En revanche, leur étude à l’échelle municipale est demeurée disparate et parcellaire. Récemment, les recherches portant sur la religion et la ville sont foisonnantes partout dans le monde, surtout dans les contextes de forte migration. Les villes servent de « loupe pour la théorie sociale » et, parmi les dynamiques urbaines, les changements religieux sont les plus notables au cours des 20 dernières années, et ce, « en dépit ou en tant que conséquence du processus de sécularisation et de modernisation ». Des recherches conduites dans différents contextes nationaux ont montré que l’échelle de la ville ou de la métropole permettait d’aborder sous un jour nouveau des débats qui demeurent trop souvent cantonnés sur un plan très théorique, comme ceux concernant la laïcité ou neutralité de l’État. C’est à la hauteur de la ville, dans son fonctionnement quotidien, que peuvent être observées des séquences placées sous le signe de la controverse, de la négociation ou transaction sociale.
Ce colloque veut apporter une contribution aux débats actuels sur les politiques publiques devant la diversité socioreligieuse, dans les espaces municipaux francophones minoritaire et majoritaire. Les communications offriront une analyse multifactorielle des enjeux spécifiques suivants, autour d’études de cas ou de perspectives théoriques : a) la transformation du paysage religieux et les évolutions de la neutralité ou laïcité de l’État, appréhendées à l’échelon urbain local; b) la manière dont les citoyens, groupes religieux et personnes sans religion s’approprient et se représentent l’espace urbain et la visibilité du religieux; c) la gouvernance de la diversité religieuse dans les pratiques quotidiennes des municipalités; et d) les modes de participation des groupes religieux à la vie urbaine.
Titre du colloque :