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Ndeye Binta Awa Keita : Université Laval
L’Afrique de l’Ouest est l’une des régions du globe les plus affectées par les changements climatiques. Le Delta du Saloum au Sénégal, l’une des principales formations de mangroves de la région, a perdu de larges surfaces depuis les années 1970 suite à des épisodes de sécheresse, d’une forte variabilité climatique et d’une augmentation de la pression sur ses ressources par les populations. Sa régression a eu de sévères conséquences sur les activités économiques telles que l’agriculture, la pêche, et l’élevage. Or, plus de 100 000 habitants dépendent du delta pour leur subsistance. Pour documenter comment est gérée la lutte contre les changements climatiques dans la zone, des entrevues ont été tenues dans le cadre d’un projet collaboratif québécois-sénégalais avec des acteurs clés (fonctionnaires, élus, chercheurs; N=8) pour identifier les mesures prises et les obstacles rencontrés. Les résultats révèlent l’existence d’une vulnérabilité liée à la gestion. En effet, le manque de ressources humaines et financières, les changements d’acteurs responsables des politiques qui impactent la vie des populations, le manque de coordination et de partage des données entre les acteurs locaux, mais aussi entre ceux-ci et le gouvernement central, posent de sérieux problèmes quant à la réussite des stratégies d’adaptation et d’atténuation planifiées. Les autorités locales soulèvent également leur manque d’accompagnement, de suivi et de compétences pour faire face aux enjeux.
Dans un contexte de changements climatiques et de concentration des enjeux humains et bâtis sur les côtes, les risques côtiers d’érosion et de submersion marines sont en constante augmentation sur les littoraux anthropisés du monde. En outre, les difficultés de gestion intégrée de la zone côtière et la multiplicité des positions des différents et nombreux acteurs (citoyens, élus, administrations publiques, organisations locales et régionales et autres parties prenantes) complexifient la gestion de ces risques. Projeter ces espaces vulnérables dans un avenir durable devient un défi auquel la recherche interdisciplinaire et partenariale entre chercheur·ses, professionnel·les de la gestion des risques côtiers et habitant·es peut apporter des éclairages cruciaux.
L’objet de ce colloque est de croiser les approches des chercheur·ses, mais aussi des praticien·nes-gestionnaires, pour capitaliser l’avancée des connaissances sur ce sujet et apporter des éléments utiles pour progresser vers l’adaptation des populations et des territoires littoraux.
Les thématiques qui nous semblent essentielles pour y parvenir sont diverses. Elles touchent aux questions de vulnérabilité systémique de ces territoires littoraux, à la connaissance des dynamiques naturelles et sociopolitiques, à l’analyse des politiques publiques et de leurs applications sur le terrain, aux représentations des populations, à leurs capacités d’adaptation et de résilience, à la construction de scénarios d’adaptation...
L’interdisciplinarité et les partenariats avec les gestionnaires favorisent des démarches intégrées. Les méthodes et outils déployés pour étudier ces questions peuvent être d’une très grande variété (indices de vulnérabilité, plateformes numériques de données, enquêtes auprès d’acteurs du territoire, frises chronologiques, cartographies narratives, jeux sérieux, coconstruction de scénarios…). Que peut-on apprendre de ces démarches et outils? Quelles leçons en tire-t-on pour avancer vers l’adaptation?
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