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Frédéric Dejean : UQAM - Université du Québec à Montréal
Des travaux de recherche conduits depuis les années 2000 ont insisté sur le paradoxe en matière religieuse dans le contexte québécois : s’il y a moins de croyant.e.s, il y a en revanche plus de croyances. Cette évolution se traduit spatialement par une multiplication des lieux de culte dont la présence témoigne des attentes des groupes religieux minoritaires en matière de « droit à la ville ». Les lieux de culte font l’objet d’un processus de reconnaissance par les municipalités à travers le zonage religieux. Or, des travaux de recherche associés au courant du « multicultural planning » ont montré que la production de l’espace urbain est sous-tendue par des normes et des pratiques qui sont loin d’être neutres et qui reflètent les valeurs et les conceptions urbanistiques des cultures majoritaires. Dans ce contexte, on peut se demander si le « zonage religieux » québécois est « juste » envers l’ensemble des groupes religieux en présence. C’est à la lumière de travaux issus du « multicultural planning » que j’analyserai plusieurs décisions de justice récentes et en dégagerai les principes sur lesquels elles prennent appui. Ce faisant, je proposerai des jalons dans l’élaboration d’un zonage religieux « juste ».
Depuis 20 ans, la recherche portant sur la diversité religieuse a beaucoup avancé dans le monde francophone sur les questions relatives aux accommodements raisonnables, à la laïcité et à la liberté de conscience et de religion. En revanche, leur étude à l’échelle municipale est demeurée disparate et parcellaire. Récemment, les recherches portant sur la religion et la ville sont foisonnantes partout dans le monde, surtout dans les contextes de forte migration. Les villes servent de « loupe pour la théorie sociale » et, parmi les dynamiques urbaines, les changements religieux sont les plus notables au cours des 20 dernières années, et ce, « en dépit ou en tant que conséquence du processus de sécularisation et de modernisation ». Des recherches conduites dans différents contextes nationaux ont montré que l’échelle de la ville ou de la métropole permettait d’aborder sous un jour nouveau des débats qui demeurent trop souvent cantonnés sur un plan très théorique, comme ceux concernant la laïcité ou neutralité de l’État. C’est à la hauteur de la ville, dans son fonctionnement quotidien, que peuvent être observées des séquences placées sous le signe de la controverse, de la négociation ou transaction sociale.
Ce colloque veut apporter une contribution aux débats actuels sur les politiques publiques devant la diversité socioreligieuse, dans les espaces municipaux francophones minoritaire et majoritaire. Les communications offriront une analyse multifactorielle des enjeux spécifiques suivants, autour d’études de cas ou de perspectives théoriques : a) la transformation du paysage religieux et les évolutions de la neutralité ou laïcité de l’État, appréhendées à l’échelon urbain local; b) la manière dont les citoyens, groupes religieux et personnes sans religion s’approprient et se représentent l’espace urbain et la visibilité du religieux; c) la gouvernance de la diversité religieuse dans les pratiques quotidiennes des municipalités; et d) les modes de participation des groupes religieux à la vie urbaine.
Titre du colloque :