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Anne-Sophie Gravel : UQAM - Université du Québec à Montréal
La montée du numérique ayant créé une nouvelle voie d’accès à la production pour les créatrices de l’audiovisuel, on constate un renouvellement des thématiques et des pratiques dans les téléséries québécoises. La Société Radio-Canada produit et diffuse précisément des webséries dont les thématiques rejoignent plusieurs enjeux féministes, et qui remportent un succès populaire. La chaîne nationale semble donc, grâce à sa plateforme de diffusion numérique TOU.TV, favoriser un renouvellement des formats qui se conjugue à une (re)modulation des identités féminines représentées, contribuant ainsi à déshomogénéiser les féminins.
Certaines de ces séries, d’abord destinées au web, intègrent ensuite la programmation télévisuelle linéaire de Radio-Canada après avoir remporté un succès populaire. Les créatrices ont donc l’occasion de produire, à partir des marges, certains contenus qui leur ressemblent, mais doivent néanmoins composer avec des contraintes liées au mandat généraliste du diffuseur public national. La série Fourchette est un cas de figure qui nous occupera dans le cadre de cette présentation, puisque parallèlement à sa diffusion, la plateforme de balado de Radio-Canada (Ohdio) a produit un balado avec sa créatrice, Sarah-Maude Beauchesne, pour détabouiser certains sujets associés au féminin. Ohdio semble donc corroborer l’existence d’une ambivalence des tons entre la diffusion télévisuelle et les espaces en marge de ce cadre.
L’industrie audiovisuelle doit conjuguer, depuis 2007, avec le développement d’un nombre croissant de services de TPC, à savoir des plateformes de vidéo à la demande (VOD) permettant de visionner des productions audiovisuelles en flux continu (streaming) sur Internet. Dans ce contexte caractérisé par la migration des pratiques de visionnement en ligne, ce colloque vise à mettre en lumière les études francophones qui se déploient autour de ce phénomène médiatique, mais aussi plus spécifiquement les pratiques culturelles et œuvres audiovisuelles produites en contexte francophone.
La recherche sur la production audiovisuelle francophone à l’ère du streaming — qu’il s’agisse des plateformes elles-mêmes, des œuvres produites, ou encore des enjeux de production ou de réception propres à ces contextes — accuse un retard important. Si l’hégémonie des services de VOD transnationaux (Netflix, Prime Video, AppleTV+, Disney+, etc.), de propriété états-unienne, contribue à marginaliser l’offre audiovisuelle dans d’autres langues que l’anglais, elle nuit également à la production scientifique. En effet, la recherche tend à marginaliser l’étude des industries et productions médiatiques en milieux francophones; même les études réalisées en français se concentrent, pour une large part, sur les services et productions anglophones, compte tenu de la légitimité culturelle dont elles bénéficient. Les ouvrages collectifs portant sur la culture du streaming font également peu de cas des productions francophones.
Peu d’études sont donc réalisées afin de documenter les œuvres audiovisuelles qui sont produites en langue française à l’ère numérique, de même que l’état des services de streaming et l’articulation des pratiques de visionnement connecté ou en rafale (binge watching) en contexte francophone. Soulignons également que derrière les plateformes les plus populaires se cachent de nombreux services de VOD de portée nationale (ICI TOU.TV, Club Illico, Crave, FranceTV Slash, etc.) ou transnationale (TV5MONDE), qui ont un rôle important à jouer en faveur de la diffusion de contenus francophones en ligne.
Ce colloque entend ainsi contribuer à une meilleure étude des médias et productions audiovisuelles francophones à l’ère du streaming et du visionnement en rafale (binge watching), de même qu’à une réflexion sur l’état des études médiatiques en français. Cette rencontre scientifique favorisera également la mise en commun de diverses expertises afin de parvenir à une compréhension plus détaillée des spécificités des cultures médiatiques francophones à l’ère numérique.
Titre du colloque :