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Marjorie Lelubre : Crebis
Notre propos porte sur la création, en décembre 2019, du Crebis (Centre de recherche de Bruxelles sur les inégalités sociales), par deux associations de terrain, Le Forum-Bruxelles contre les inégalités et le Conseil bruxellois de coordination sociopolitique, actives dans la mise en réseau des services du secteur social-santé à Bruxelles. La fondation du Crebis part d’un constat commun : celui d’une distance grandissante entre les mondes de la recherche et de l’intervention sociale, avec en corollaire des recherches considérées comme désincarnées et en manque de légitimité aux yeux des intervenants de terrain. Et pourtant, parallèlement, une demande de ces mêmes professionnels de pouvoir mieux comprendre, interpréter ces nouveaux défis auxquels la lutte contre les inégalités sociales les expose chaque jour.
Pour répondre à ce défi, le Crebis déploie principalement des recherches collaboratives qui ont pour objet la mise en dialogue des différentes formes de savoirs, celui des chercheurs, mais aussi celui des praticiens de terrain et des personnes directement concernées. Au sein du Crebis, nous sommes persuadés qu’une telle posture permet la co-production de connaissances plus robustes et inédites, tout en favorisant la justice cognitive. Mais nous sommes conscients que cette posture implique des défis et questionnements à la fois théoriques, méthodologiques, épistémologiques, mais également politiques, dont nous souhaitons rendre compte dans le cadre de cette communication.
Animés par l’ambition de mieux comprendre les problèmes de leur époque et de restituer à la société une meilleure connaissance d’elle-même (Karsenti, 2013), celles et ceux que l’on considère aujourd’hui comme les pionnier·ère·s des sciences sociales ont imaginé, à la fin du 19e siècle, diverses stratégies pour baliser l’activité de recherche scientifique, faire prendre de la distance aux chercheur·e·s avec le « sens commun » (Pires, 1997), les idéologies ou un esprit clanique (Bertrand, 1986; Popper, 2018). À quels défis spécifiques la recherche qualitative (RQ) s’est-elle confrontée, quelles voies des chercheur·se·s ont-ils imaginées, hier et jusqu’à aujourd’hui ? Que devons-nous garder en héritage ? Quelles sont les dimensions inédites de nos contextes impliquant des transformations dans notre manière de nous engager dans le monde lorsque nous (y) cherchons ? Ce colloque de l’Association pour la recherche qualitative (ARQ), qui marquera la 36e présence de notre organisme au congrès de l’Acfas, a été pensé pour réfléchir collectivement, au passé, au présent et aux futurs désirables de la RQ dans la francophonie.
Certaines conventions promues au sein de la RQ de privilégier le caractère itératif de la recherche (Deslauriers et Kerisit, 1997) ou de « séjourner dans l’événement et dans l’incertitude » (Kaminski, 2022, p. 278) sont-elles aujourd’hui menacées autrement que par le passé et avec des spécificités propres dans la francophonie ? Comment est-ce que les chercheur·se·s poursuivent en dépit de l’adversité un engagement éthique en RQ ?
Alors que certaines énigmes ou problèmes de recherche seront mieux résolus en mobilisant des méthodologies qualitatives ou mixtes (Becker, 2016; Laperrière, 1997 en référence à la théorisation ancrée de Strauss et Corbin), ici ou ailleurs, la RQ a souvent été suspectée d’un manque de rigueur ou de scientificité. Pourtant depuis les origines de la RQ jusqu’à aujourd’hui, une abondante littérature a fait progresser la réflexion sur les critères qui font une recherche de qualité. Cette littérature demeure peu connue, est parfois mal intégrée ou insuffisamment mobilisée alors qu’elle soutient l’inspiration et la créativité méthodologique. Par ailleurs, la place des méthodologies qualitatives dans certaines disciplines ou champs d’étude est encore précaire, alors que leur mobilisation démontre déjà des potentiels pour soutenir, par exemple, des professionnel·le·s, des groupes ou des communautés.
Dans un contexte universitaire dominé par la langue anglaise, l’ARQ, officiellement constituée en 1986, a été, avec sa revue Recherches qualitatives créée en 1989, un acteur important de la transmission de formes plurielles de perspectives, d’approches et de méthodologies qualitatives dans la francophonie. À la veille de son 40e anniversaire, ce colloque a d’abord pour but de raviver la mémoire des multiples sentiers qui ont pu mettre au jour des savoirs inattendus et des concepts transformateurs.
Titre du colloque :