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Noémie Sorel : Université de Montréal
Fondée en 2019 par le distributeur Optimale, QueerScreen est une plateforme de streaming dédiée au cinéma queer qui compte près de 300 films, séries et pièces de théâtre dans son catalogue. Dans cette communication, nous proposerons une analyse industrielle et discursive du modèle de la plateforme de streaming française QueerScreen. Celui-ci reflète l’idée que le cinéma queer se trouve "at the juncture of various film cultures, each shaped by their own peculiar history and obeying specific regimes of cultural value" (Damiens 2020 ; 7), à savoir à la fois comme une forme de divertissement, un cinéma "de qualité" et un cinéma identitaire.
Décrite à de multiples reprises comme le "Netflix Queer", QueerScreen se construit discursivement dans une relation ambivalente avec ce dernier. QueerScreen lui emprunte l’organisation de son catalogue selon des catégories de genres thématiques. Elle propose aussi les "QueerScreen Originals", des films disponibles en exclusivité pendant un mois, reprenant les modèles alternatifs de rotation de films sélectionnés de certaines plateformes alternatives. Aussi, les catégories telles que "Cinéphiles" et l’organisation d’un festival en ligne en 2021 font indéniablement référence à une culture filmique cinéphilique. Par des partenariats avec les médias LGBTQ+, QueerScreen se conçoit comme une plateforme identitaire destinée avant tout à la communauté LGBTQ+ française.
L’industrie audiovisuelle doit conjuguer, depuis 2007, avec le développement d’un nombre croissant de services de TPC, à savoir des plateformes de vidéo à la demande (VOD) permettant de visionner des productions audiovisuelles en flux continu (streaming) sur Internet. Dans ce contexte caractérisé par la migration des pratiques de visionnement en ligne, ce colloque vise à mettre en lumière les études francophones qui se déploient autour de ce phénomène médiatique, mais aussi plus spécifiquement les pratiques culturelles et œuvres audiovisuelles produites en contexte francophone.
La recherche sur la production audiovisuelle francophone à l’ère du streaming — qu’il s’agisse des plateformes elles-mêmes, des œuvres produites, ou encore des enjeux de production ou de réception propres à ces contextes — accuse un retard important. Si l’hégémonie des services de VOD transnationaux (Netflix, Prime Video, AppleTV+, Disney+, etc.), de propriété états-unienne, contribue à marginaliser l’offre audiovisuelle dans d’autres langues que l’anglais, elle nuit également à la production scientifique. En effet, la recherche tend à marginaliser l’étude des industries et productions médiatiques en milieux francophones; même les études réalisées en français se concentrent, pour une large part, sur les services et productions anglophones, compte tenu de la légitimité culturelle dont elles bénéficient. Les ouvrages collectifs portant sur la culture du streaming font également peu de cas des productions francophones.
Peu d’études sont donc réalisées afin de documenter les œuvres audiovisuelles qui sont produites en langue française à l’ère numérique, de même que l’état des services de streaming et l’articulation des pratiques de visionnement connecté ou en rafale (binge watching) en contexte francophone. Soulignons également que derrière les plateformes les plus populaires se cachent de nombreux services de VOD de portée nationale (ICI TOU.TV, Club Illico, Crave, FranceTV Slash, etc.) ou transnationale (TV5MONDE), qui ont un rôle important à jouer en faveur de la diffusion de contenus francophones en ligne.
Ce colloque entend ainsi contribuer à une meilleure étude des médias et productions audiovisuelles francophones à l’ère du streaming et du visionnement en rafale (binge watching), de même qu’à une réflexion sur l’état des études médiatiques en français. Cette rencontre scientifique favorisera également la mise en commun de diverses expertises afin de parvenir à une compréhension plus détaillée des spécificités des cultures médiatiques francophones à l’ère numérique.
Titre du colloque :