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Saeid Yarmohammadi : Université de Montréal
Dans la foulée de la mise en place drastique à partir du mois de mars 2020 de politiques à l’échelle du Québec pour comprendre la pandémie du virus COVID-19, les communautés religieuses furent durement touchées dans leurs pratiques rituelles collectives, souvent hebdomadaires, sans compter les célébrations reliées à de multiples fêtes annuelles. Un groupe de leaders religieux juifs, chrétiens et musulmans initialement, et plus largement par la suite, a pris l’initiative de créer la Table interreligieuse de concertation du Québec afin de bâtir des ponts de communication avec le gouvernement du Québec, en particulier le Ministère de la Santé et des Services Sociaux. Sur la base d’entrevues ethnographiques avec plusieurs des fondateurs et participants à cette Table et d’une étude documentaire, cette communication présentera d’abord un historique des activités et faits saillants de ce regroupement multireligieux récent dans le paysage social du Québec, suivie d’une première analyse de ces communiqués publics afin de faire ressortir à la fois les défis particuliers des communautés religieuses à faire comprendre leurs besoins particulier en milieu laïc québécois en temps de crise pandémique, ainsi que leurs contributions multiples à un meilleur vivre-ensemble à partir de diverses interventions sociales pour freiner l’isolement et contribuer à alléger les souffrances de nombreux membres de leurs communautés respectives en particulier, et de la société en générale.
Depuis 20 ans, la recherche portant sur la diversité religieuse a beaucoup avancé dans le monde francophone sur les questions relatives aux accommodements raisonnables, à la laïcité et à la liberté de conscience et de religion. En revanche, leur étude à l’échelle municipale est demeurée disparate et parcellaire. Récemment, les recherches portant sur la religion et la ville sont foisonnantes partout dans le monde, surtout dans les contextes de forte migration. Les villes servent de « loupe pour la théorie sociale » et, parmi les dynamiques urbaines, les changements religieux sont les plus notables au cours des 20 dernières années, et ce, « en dépit ou en tant que conséquence du processus de sécularisation et de modernisation ». Des recherches conduites dans différents contextes nationaux ont montré que l’échelle de la ville ou de la métropole permettait d’aborder sous un jour nouveau des débats qui demeurent trop souvent cantonnés sur un plan très théorique, comme ceux concernant la laïcité ou neutralité de l’État. C’est à la hauteur de la ville, dans son fonctionnement quotidien, que peuvent être observées des séquences placées sous le signe de la controverse, de la négociation ou transaction sociale.
Ce colloque veut apporter une contribution aux débats actuels sur les politiques publiques devant la diversité socioreligieuse, dans les espaces municipaux francophones minoritaire et majoritaire. Les communications offriront une analyse multifactorielle des enjeux spécifiques suivants, autour d’études de cas ou de perspectives théoriques : a) la transformation du paysage religieux et les évolutions de la neutralité ou laïcité de l’État, appréhendées à l’échelon urbain local; b) la manière dont les citoyens, groupes religieux et personnes sans religion s’approprient et se représentent l’espace urbain et la visibilité du religieux; c) la gouvernance de la diversité religieuse dans les pratiques quotidiennes des municipalités; et d) les modes de participation des groupes religieux à la vie urbaine.
Titre du colloque :