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Patrice BRODEUR : Université de Montréal
La ville de Montréal a été à l’avant-garde de la promotion du vivre-ensemble avec la création en 2015 de l’Observatoire international des maires sur le vivre ensemble. À la fin de son rapport « Politiques municipales sur le vivre-ensemble» (2019), produit en collaboration avec la Coalition internationale des villes inclusives et durables (ICCAR), on encourage « le dialogue entre les religions et les cultures ». Les efforts en matière de dialogue interreligieux semblent absents de ce rapport, malgré une référence à la religion dans la notion de ‘diversité’ (p. 10). Et pourtant, la Ville de Montréal a timidement encouragé depuis quelques décennies des efforts interreligieux pour la paix et la non-violence, comme ceux en lien avec la commémoration annuelle les 6 et 9 août de l’utilisation de bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki en 1945. Cette communication présentera les résultats d’une recherche sur le rôle d’une ONG multireligieuse (Religions pour la Paix/Québec/Canada) impliquée dans ces commémorations depuis quarante ans. Elle analyse ses défis changeants pour y impliquer la Ville de Montréal afin de susciter un plus grand impact public. Son approche théorique innovante est basée sur la théorie du dialogue intervisionnel qui explique les chevauchements entre dynamiques identitaires et dynamiques du pouvoir (Brodeur 2022). La méthodologie de ce travail sera principalement basée sur l’étude d’archives privées de cette organisation.
Depuis 20 ans, la recherche portant sur la diversité religieuse a beaucoup avancé dans le monde francophone sur les questions relatives aux accommodements raisonnables, à la laïcité et à la liberté de conscience et de religion. En revanche, leur étude à l’échelle municipale est demeurée disparate et parcellaire. Récemment, les recherches portant sur la religion et la ville sont foisonnantes partout dans le monde, surtout dans les contextes de forte migration. Les villes servent de « loupe pour la théorie sociale » et, parmi les dynamiques urbaines, les changements religieux sont les plus notables au cours des 20 dernières années, et ce, « en dépit ou en tant que conséquence du processus de sécularisation et de modernisation ». Des recherches conduites dans différents contextes nationaux ont montré que l’échelle de la ville ou de la métropole permettait d’aborder sous un jour nouveau des débats qui demeurent trop souvent cantonnés sur un plan très théorique, comme ceux concernant la laïcité ou neutralité de l’État. C’est à la hauteur de la ville, dans son fonctionnement quotidien, que peuvent être observées des séquences placées sous le signe de la controverse, de la négociation ou transaction sociale.
Ce colloque veut apporter une contribution aux débats actuels sur les politiques publiques devant la diversité socioreligieuse, dans les espaces municipaux francophones minoritaire et majoritaire. Les communications offriront une analyse multifactorielle des enjeux spécifiques suivants, autour d’études de cas ou de perspectives théoriques : a) la transformation du paysage religieux et les évolutions de la neutralité ou laïcité de l’État, appréhendées à l’échelon urbain local; b) la manière dont les citoyens, groupes religieux et personnes sans religion s’approprient et se représentent l’espace urbain et la visibilité du religieux; c) la gouvernance de la diversité religieuse dans les pratiques quotidiennes des municipalités; et d) les modes de participation des groupes religieux à la vie urbaine.
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