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Mathieu Bouchard : Université d'Ottawa
Les diagnostics médicaux sont la porte d’entrée vers un nombre croissant de ressources et d’accommodements qui peuvent s’avérer bénéfiques. Par ailleurs, le diagnostic est aussi souvent associé à la stigmatisation et à l’exclusion. L’exemple de la pair-aidance en santé mentale illustre bien les impacts sociaux contradictoires de l’affichage du diagnostic. Un pair-aidant rémunéré est une personne qui reçoit ou a reçu des soins de santé mentale et qui suit une formation spécialisée pour utiliser son vécu dans l’accompagnement de personnes qui reçoivent des soins de santé mentale (ses « pairs ») en échange d’un salaire. Avoir un diagnostic, ou du moins un récit de vie pour justifier son statut de « pair », est donc la porte d’entrée pour devenir pair-aidant rémunéré. Dans les affichages de postes, vivre une période de « rétablissement » d’au moins un ou deux ans fait aussi souvent partie des critères d’embauche, ce que le psychiatre de la personne candidate peut avoir à attester. Afficher son diagnostic facilite donc l’insertion professionnelle du pair-aidant. Parallèlement, le diagnostic est aussi une source de préjugé et de marginalisation bien documentée dans les équipes multidisciplinaires de soins de santé mentale. Bref, l’affichage du diagnostic est à la fois bénéfique et dommageable pour les pairs-aidants rémunérés. Ma communication vise à ouvrir un espace de réflexion sur la mobilisation du diagnostic en lien avec l'insertion professionnelle et l'institution du travail.
La mobilisation de diagnostics médicaux visant la compréhension et la présentation de soi ou d’autrui est omniprésente dans de nombreux cadres d’interaction. Ayant différentes fonctions sociales, les diagnostics permettraient de justifier, de comprendre et d’anticiper certaines difficultés ou comportements hors normes qui pourraient survenir dans ces interactions.
De leur côté, les institutions répondant aux politiques d’équité, diversité et inclusion (EDI) tentent par divers moyens de favoriser l’intégration des individus marginalisés ou diagnostiqués. Que ce soit pour justifier un accommodement scolaire, l’accès à un service de soin particulier ou pour réfléchir sur la flexibilité d’un emploi, les institutions occidentales accueillent les individus marginalisés dans la mesure où ces derniers fournissent une preuve médicale de leur « condition » légitimant un « traitement particulier ». Cette formalisation des accommodements transforme inévitablement les interactions quotidiennes, mais comment ? De quelle inclusion parle-t-on ? Une inclusion à quoi et une reconnaissance de quoi ? Quels espaces sont réellement disponibles et offerts à ces personnes, et selon quels critères, besoins et normes ?
Plus spécifiquement, la réflexion portera sur l’incidence de la mobilisation des diagnostics de santé mentale et physique sur les relations interpersonnelles et les interactions institutionnelles; sur les conditions institutionnelles des usages sociaux des catégories diagnostiques ainsi que sur ce qu’on entend et pratique selon des termes tels que « inclusion » et « intégration socioprofessionnelle ».
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