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Brigitte Nadège Fleurette Nga Ondigui : UQAM - Université du Québec à Montréal
La fortune singulière que rencontre l’institution muséale hors des frontières géographiques de l’aire civilisationnelle des origines du musée mérite une attention. Il s’observe, en Afrique et au Cameroun, en particulier, une attitude rétive des populations à s’approprier le fait muséal. Un tel constat nécessite un regard décolonial pour concilier l’institution avec la société au service de laquelle la première devrait être placée. Le problème posé dès lors consiste en la démarche méthodologique nécessaire pour évaluer la «muséalité ou démuséalité» des lieux de la culture muséale, au-delà des limites géographiques du monde occidental. De ce fait, doit-on nécessairement considérer le concept d’«écosystème des musées» qui opère directement dans les transformations de la culture muséale? Comment réaliser une mesure objective du caractère muséal d’un établissement indépendamment de l’accomplissement des fonctions conventionnellement fixées au musée? L’hypothèse affirme que la fréquentation inversement proportionnelle à la proximité géographique entre les riverains, moins fréquents, et les expatriés, plus assidus, permet d’évaluer le caractère muséal des établissements au Cameroun. La dimension discutable d’un tel statut présente la nécessité d’envisager une approche muséologique décolonisée en adéquation avec les cultures endogènes. La discussion des résultats tirés d’une analyse des données qualitatives et quantitatives se fera sous l’éclairage théorique des postcolonial studies.
Maints analystes questionnent les biais constitutifs et la portée réelle de la muséologie comme champ disciplinaire qui, outre l’étude des activités de conservation et de présentation des objets de collection, vise une fine compréhension de l’organisation et de l’histoire de cette pratique ainsi que de la mission dont les musées s’investissent.
Les remises en cause de cette acception pavent la voie à « l’élaboration de nouveaux modèles d’expositions, la prise en compte d’histoires passées sous silence, la reformulation des systèmes de connaissances présentés aux publics, la réinvention des structures organisationnelles et des modèles de gestion ainsi que l’adaptation des musées au caractère multiculturel et interculturel des nations et des communautés » (Shelton, 2022). Les tirs croisés sur la muséologie concernent donc tant les approches privilégiées, les objets collectionnés, les récits élaborés que les rapports établis avec les publics et la société.
Ce colloque confronte ainsi les thèses issues des « contre-muséologies », parfois regroupées sous la bannière de nouvelle muséologie, selon trois axes :
A) La muséologie sociale met l’accent sur la participation des publics et des populations issues de territoires d’implantation des musées. Ce courant découle de la muséologie américaine, influente au Québec, et inclut l’écomuséologie et l’altermuséologie dans le monde francophone.
B) La muséologie critique met l’accent sur les rapports de pouvoir sous-jacents au fonctionnement du milieu muséal et aux effets d’exclusion qui en résultent pour maints segments de la population. Ce courant recouvre la « muséologie inclusive » promue dans le monde anglophone.
C) La muséologie « insurgée » ou « contre-hégémonique » insiste sur une conception des institutions muséales comme lieux de rapports de force entre les intérêts opposés des groupes sociaux. Ce courant inclut les approches postcoloniales adoptées dans le monde hispanique.
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