Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Marine Agogué : HEC Montréal
Dans un contexte politique de réconciliation avec les Premières Nations, la valorisation croissante des savoirs autochtones influence les domaines académiques. Malgré cette tendance, les sciences de gestion peinent à intégrer les connaissances issues des pratiques autochtones. Cet article vise à clarifier et adresser plusieurs enjeux qui émergent pour un chercheur allochtone en sciences de gestion souhaitant étudier et comprendre des questions de gestion en contexte autochtone. Dans le présent texte, nous ne cherchons pas à nous positionner comme experts des questions de gestion en contexte autochtone ; nous cherchons plutôt à analyser les pratiques de recherche des chercheurs allochtones lorsqu’ils s’intéressent à de telles questions, en nous appuyant sur une recherche-intervention d’une année avec une communauté autochtone canadienne en réflexion sur sa gouvernance et sa structure organisationnelle. Notre analyse relève trois éléments principaux : la nécessité pour les chercheurs non autochtones de comprendre le lien autochtone avec le collectif, la réflexion sur une méthodologie de recherche adaptée, et la reconnaissance des limites des approches classiques de recherche en gestion face à la perspective holistique autochtone. La perspective unique des Premières Nations sur la gestion offre une chance d'améliorer notre compréhension des sciences de gestion, mais exige pour cela une refonte de nos approches épistémologiques et méthodologiques.
Animés par l’ambition de mieux comprendre les problèmes de leur époque et de restituer à la société une meilleure connaissance d’elle-même (Karsenti, 2013), celles et ceux que l’on considère aujourd’hui comme les pionnier·ère·s des sciences sociales ont imaginé, à la fin du 19e siècle, diverses stratégies pour baliser l’activité de recherche scientifique, faire prendre de la distance aux chercheur·e·s avec le « sens commun » (Pires, 1997), les idéologies ou un esprit clanique (Bertrand, 1986; Popper, 2018). À quels défis spécifiques la recherche qualitative (RQ) s’est-elle confrontée, quelles voies des chercheur·se·s ont-ils imaginées, hier et jusqu’à aujourd’hui ? Que devons-nous garder en héritage ? Quelles sont les dimensions inédites de nos contextes impliquant des transformations dans notre manière de nous engager dans le monde lorsque nous (y) cherchons ? Ce colloque de l’Association pour la recherche qualitative (ARQ), qui marquera la 36e présence de notre organisme au congrès de l’Acfas, a été pensé pour réfléchir collectivement, au passé, au présent et aux futurs désirables de la RQ dans la francophonie.
Certaines conventions promues au sein de la RQ de privilégier le caractère itératif de la recherche (Deslauriers et Kerisit, 1997) ou de « séjourner dans l’événement et dans l’incertitude » (Kaminski, 2022, p. 278) sont-elles aujourd’hui menacées autrement que par le passé et avec des spécificités propres dans la francophonie ? Comment est-ce que les chercheur·se·s poursuivent en dépit de l’adversité un engagement éthique en RQ ?
Alors que certaines énigmes ou problèmes de recherche seront mieux résolus en mobilisant des méthodologies qualitatives ou mixtes (Becker, 2016; Laperrière, 1997 en référence à la théorisation ancrée de Strauss et Corbin), ici ou ailleurs, la RQ a souvent été suspectée d’un manque de rigueur ou de scientificité. Pourtant depuis les origines de la RQ jusqu’à aujourd’hui, une abondante littérature a fait progresser la réflexion sur les critères qui font une recherche de qualité. Cette littérature demeure peu connue, est parfois mal intégrée ou insuffisamment mobilisée alors qu’elle soutient l’inspiration et la créativité méthodologique. Par ailleurs, la place des méthodologies qualitatives dans certaines disciplines ou champs d’étude est encore précaire, alors que leur mobilisation démontre déjà des potentiels pour soutenir, par exemple, des professionnel·le·s, des groupes ou des communautés.
Dans un contexte universitaire dominé par la langue anglaise, l’ARQ, officiellement constituée en 1986, a été, avec sa revue Recherches qualitatives créée en 1989, un acteur important de la transmission de formes plurielles de perspectives, d’approches et de méthodologies qualitatives dans la francophonie. À la veille de son 40e anniversaire, ce colloque a d’abord pour but de raviver la mémoire des multiples sentiers qui ont pu mettre au jour des savoirs inattendus et des concepts transformateurs.
Titre du colloque :