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Frédéric Yvon : Université de Montréal
Les Espaces de discussion sur le travail (EDT) sont des dispositifs d’échange utilisés pour réguler des situations de travail que l’on cherche à améliorer (Stimec et al., 2024). Ces espaces reposent sur une activité de co-analyse par des professionnel·le·s et sont également utilisés en clinique de l’activité avec pour visée de transformer l’organisation du travail (Clot et al., 2021; Yvon et Chaiguerova, à paraître). Le fondement commun de ce dispositif, utilisé tant dans les sciences de la gestion (Detchessahar, 2019) que de l’éducation qu’en psychologie du travail, est que ce sont les professionnel·le·s qui sont le mieux placés pour analyser et trouver des pistes de solution aux problèmes qu’ils et elles rencontrent quotidiennement. Toutefois, cet espace doit être organisé et régulé (Mollo et Nascimento, 2013). Notre communication portera sur la comparaison entre deux séances tenues dans une école secondaire. Nous avons retenu ces deux séances, car l’animation de celles-ci s’est avérée très contrastée : dans l’un des cas, les interventions de l’animateur ont pris beaucoup de place pour guider, reformuler et orienter la discussion, au risque d’imposer sa propre analyse aux professionnel·le·s présents. Dans l’autre cas, la parole a été équitablement distribuée, permettant le développement de chacun des points de vue, mais sans déboucher sur des pistes d’action précises. La comparaison de ces deux séances soulève le paradoxe de l’animation des EDT: guider sans orienter.
La recherche qualitative est née au début du siècle dernier d’une volonté de pallier les études statistiques insensibles aux réalités multiples et singulières des acteur·trices de terrain et à leur incapacité à expliquer leurs expériences enchevêtrées. Les premiers travaux en anthropologie et en sociologie ont pavé la voie en jetant les bases d’une façon de faire la recherche au plus près des terrains d’enquête (Morrissette et Demazière, 2019). Dans les années 1980, différentes influences ont conduit à un nouveau type de rapprochement, notamment l’appel de Lieberman (1986) invitant à changer la manière de considérer la relation aux participant·es recruté·es pour les recherches : working with, not working on… Dans cette foulée, l’épistémologie de Schön a soutenu de nouveaux rapports entre recherche et pratique avec la parution de son ouvrage Le praticien réflexif (1983), qui a exercé une influence dans différents champs disciplinaires. La « nouvelle épistémologie de la pratique » (Schön, 2011) proposée s’est inscrite en rupture avec le paradigme de la rationalité technique selon laquelle les réponses aux problèmes professionnels se trouvent dans les savoirs issus de la recherche. Avec d’autres propositions, dont le modèle d’« acteur compétent » proposé par Giddens (1987), plusieurs chercheur·ses ont revu leurs pratiques cloisonnées et les ont ouvertes à la collaboration, acceptant le partage du pouvoir entre les acteur·trices d’une communauté. Les recherches collaboratives accordent aux divers acteur·trices le statut de « coconstructeur·trices du savoir » dans les différentes phases emboîtées d’une investigation conjointe (Bednarz, 2013; Desgagné et al., 2001). Mais qu’en est-il de leur implication concrète dans le processus d’analyse de l’objet de préoccupation mutuelle?
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