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Ariane Gibeau : Université Laval
Dans les dernières années, dans la foulée de #MoiAussi et de l’instauration d’une loi provinciale pour prévenir les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement post-secondaire, les universités ont pris des mesures pour rendre leurs campus plus sécuritaires : implantation ou révision de politiques institutionnelles, création d’un guichet unique pour dévoiler des situations d’abus, etc. Malgré ces avancées, souvent obtenues de haute lutte par des groupes féministes, les politiques institutionnelles destinées à traiter les dossiers demeurent assorties de sévères clauses de confidentialité qui dépassent largement le cadre des enquêtes internes. Certaines plaintes, lorsque reconnues fondées, se concluent par un règlement entre la personne plaignante et l’université, et s’accompagnent d’accords de non-divulgation (NDA) contraignants.
Ces contrats de silence empêchent-ils l’égalité de genre promise par les établissements? La communication proposée, théorique, fera dans un premier temps appel à différents travaux féministes sur la culture de la confidentialité en milieu d’études et de travail pour réfléchir à la nécessité d’une voix pour les survivantes. Elle interrogera dans un deuxième temps les résistances possibles à travers le recours à des formes de justice alternatives.
Ce colloque souhaite documenter les pratiques de résistance vouées à mettre au jour et à questionner les relations genrées du milieu de l’éducation, notamment dans l’enseignement postsecondaire universitaire et collégial, face à une culture de domination masculine qui (re)produit les inégalités basées sur des marqueurs identitaires genrés (Walters et al., 2022). Ces inégalités touchent tant les membres du corps professionnel régulier et contractuel (Dutoya et al., 2019) que la population étudiante (Julien et Gosselin, 2015a, 2015b). Par exemple, les femmes s’occupent davantage de tâches « de soin » importantes pour le maintien de la vie universitaire, mais peu reconnues : mentorat, travail administratif, travail de soutien émotif (Gaudet, 2022).
Face à cet état des choses, les pratiques de résistance dans le milieu de l’éducation sont nombreuses et en effervescence depuis les dernières années : publication d’articles provocateurs et de numéros spéciaux confrontant la domination masculine dans certains champs de recherche (Cunliffe, 2022; Aumais, Basque et al., 2018), mise sur pied de campagnes de sensibilisation aux violences sexuelles en milieu universitaire et de collectifs luttant contre les violences sexistes en milieu scolaire (ex. : On s’écoute, La voix des jeunes compte), transformation des pratiques d’enseignement et de publication de la recherche (Aumais et Dorion, 2024), remise en question des normes d’écriture par le mouvement féministe « writing differently » (Gilmore, Harding et Pullen, 2019). Tant à l’échelle internationale que locale, ces quelques exemples mettent en lumière les initiatives qui, si elles ne permettent pas de résoudre définitivement ces enjeux complexes, permettent d’espérer des avancées et des transformations durables du milieu de l’éducation.
Titre du colloque :