Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Étienne Morasse-Choquette : Université du Québec à Montréal
En tant qu’objet culturel, le paysage s’est vu bouleversé à partir des années 1970, non sans lien avec les mouvements environnementalistes contemporains. Parallèlement à des réflexions philosophiques sur la genèse du paysage dans les sociétés modernes et sur son rapport étroit avec l’art, d’autres ont tenté d’en examiner les racines à la fois biologiques et psychologiques. Bien qu’il s’agisse d’une invention humaine, le paysage serait né du rapport que les êtres humains ont entretenu avec leur environnement comme habitat. Cette nouvelle approche du paysage se montre ainsi consciente du fait que le monde dans lequel nous avons évolué a nécessairement influencé nos comportements, nos émotions et donc nos préférences esthétiques. Cela signifie que pour comprendre notre rapport esthétique à l’environnement, il ne faut pas regarder le monde actuel, mais plutôt celui de nos ancêtres lointains. Plus récemment, ces travaux ont encouragé une relecture des écrits scientifiques du 19e siècle, moment clé dans l’histoire des sciences naturelles. C’est ainsi qu’on a pu relire Charles Darwin pour y déceler une pensée esthétique en phase avec sa théorie de l’évolution. Dans cette présentation, il sera question de Frederick Law Olmsted (1822-1903), le premier architecte paysagiste à avoir adopté ce titre, ainsi que le premier à avoir développé une théorie du paysage informée par la théorie de l’évolution et centrée sur le bien-être psychologique.
Le réchauffement climatique et ses conséquences aboutissent à l’extinction de nombreuses espèces vivantes, dont les végétaux. Ces catastrophes environnementales provoquent une écoanxiété dont la prévalence peut atteindre jusqu’à 70 % des jeunes Canadien·nes. Cette réponse d’origine émotionnelle est normale. Elle peut cependant provoquer des troubles psychologiques si elle se chronicise et s’accompagne d’un sentiment d’impuissance. À l’inverse, l’écoanxiété peut être utilisée pour changer nos comportements afin d’agir pour un avenir plus durable.
La Chaire de recherche en économie créative et mieux-être (CREAT) du Fonds de recherche du Québec a lancé un programme de recherche-création et action visant à codévelopper et à examiner les effets d’actions mettant en interaction végétaux-humains grâce à l’art et au numérique avec, pour finalité, la réduction de l’écoanxiété, l’acquisition de nouveaux savoirs apportant une écorésilience et une écoresponsabilité chez les jeunes adultes écoanxieux·ses.
Les défis et enjeux rencontrés sont multiples, car ils reposent sur une cible que sont les végétaux, qui ne sont pas un centre d’intérêt écologique, comparés aux animaux. Il s’agit d’une hypothèse audacieuse utilisant l’expérience esthétique (c’est-à-dire émotionnelle et basée sur la mise en valeur de la beauté des végétaux) puis cognitive (c’est-à-dire associée à un message éducatif) comme support des actions, et le numérique pour renforcer l’émotion positive ressentie grâce au caractère multimodal des stimulations sensorielles qu’il permet. Faire interagir les sciences fondamentales (biologie, neurosciences, génie, santé), les philosophies occidentales et asiatiques, les cultures allochtones et autochtones et les arts (écologique, visuel et musique) – au bénéfice de la relation végétaux-humains –, dans une démarche interdisciplinaire et intersectorielle, en codéveloppant des actions concrètes de terrain ayant des bénéfices individuels et collectifs représente les défis et enjeux rencontrés.
Titre du colloque :