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Iana Antonova : Université Grenoble Alpes
Notre contribution propose un retour d’expériences d’un programme spécifique de recherche collaborative, le Laboratoire Commun MeetUX, financé par l’Agence Nationale de Recherche française. Elle interroge les modalités de circulations entre des savoirs académiques émanant de disciplines qui, traditionnellement, n’échangent pas ou peu avec des savoirs métiers. Dans cette perspective, nous questionnerons la confrontation par la réflexivité des savoirs méthodologiques issus de la recherche à ceux provenant des praticiens en respectant la variété des modes et des formes de justification. Nous proposons ainsi une réflexivité sous trois entrées inter-reliées :
1. Interroger les controverses autour des différents savoirs disciplinaires et professionnels, et de leur utilité à l’échelle des LabCom. Il sera notamment question de l’intérêt de ce type de projet pour les SHS, qui ne représentent, selon les données de l’ANR, que 3% des Laboratoires Communs en France.
2. Analyser le processus de collaboration par la communication au sein du Labcom MeetUX, en mettant en lumière les difficultés d’intercompréhension entre des savoirs théoriques et pratiques, lorsqu’ils sont orientés vers un objectif commun.
3. Questionner la pertinence des recherches partenariales comme les LabCom sur la légitimation, la maturation et l’intégration de nouveaux savoirs, sous forme de méthodologies, dans les pratiques des chercheur.e.s et des acteurs économiques.
La recherche qualitative est née au début du siècle dernier d’une volonté de pallier les études statistiques insensibles aux réalités multiples et singulières des acteur·trices de terrain et à leur incapacité à expliquer leurs expériences enchevêtrées. Les premiers travaux en anthropologie et en sociologie ont pavé la voie en jetant les bases d’une façon de faire la recherche au plus près des terrains d’enquête (Morrissette et Demazière, 2019). Dans les années 1980, différentes influences ont conduit à un nouveau type de rapprochement, notamment l’appel de Lieberman (1986) invitant à changer la manière de considérer la relation aux participant·es recruté·es pour les recherches : working with, not working on… Dans cette foulée, l’épistémologie de Schön a soutenu de nouveaux rapports entre recherche et pratique avec la parution de son ouvrage Le praticien réflexif (1983), qui a exercé une influence dans différents champs disciplinaires. La « nouvelle épistémologie de la pratique » (Schön, 2011) proposée s’est inscrite en rupture avec le paradigme de la rationalité technique selon laquelle les réponses aux problèmes professionnels se trouvent dans les savoirs issus de la recherche. Avec d’autres propositions, dont le modèle d’« acteur compétent » proposé par Giddens (1987), plusieurs chercheur·ses ont revu leurs pratiques cloisonnées et les ont ouvertes à la collaboration, acceptant le partage du pouvoir entre les acteur·trices d’une communauté. Les recherches collaboratives accordent aux divers acteur·trices le statut de « coconstructeur·trices du savoir » dans les différentes phases emboîtées d’une investigation conjointe (Bednarz, 2013; Desgagné et al., 2001). Mais qu’en est-il de leur implication concrète dans le processus d’analyse de l’objet de préoccupation mutuelle?
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