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Emmett Rabot : Université de Montréal
Les enjeux de santé mentale et de neurodiversité chez les jeunes trans et non-binaires (TNB) sont souvent présentés comme des facteurs qui limiteraient voire rendraient impossible leur autodétermination. Les vécus traumatiques, les enjeux de personnalité, la suicidalité, mais aussi l’autisme sont régulièrement invoqués pour justifier d’une approche paternaliste ou pour restreindre l’accès aux soins d’affirmation de genre (SAG). Les soins en santé mentale et la psychothérapie sont alors présentés comme une alternative ou un prérequis aux SAG. Les problèmes de santé mentale sont par ailleurs fréquemment mis de l’avant dans les narratifs de détransition relayés dans les médias, renforçant le stigma et l’idée d’une incapacité des jeunes à consentir de manière éclairée aux SAG. Pourtant, faisant face à de multiples stresseurs, certains jeunes TNB ont de réels besoins en santé mentale.
Cette présentation propose une réflexion sur les pratiques psychothérapeutiques affirmatives favorisant le bien-être et l’autonomie des jeunes TNB. La première partie détaillera comment mener une réflexion diagnostique intersectionnelle en santé mentale tenant compte du stress minoritaire, et comment faciliter la communication d’un consentement éclairé. La seconde partie présentera des outils et réflexions à la disposition du thérapeute pour offrir un climat bienveillant en psychothérapie auprès des jeunes TNB et faire de la place à la nuance, au doute et à la diversité des parcours.
Ces dernières années, un discours critique a émergé sur le genre et les transitions de genre, en particulier pour les jeunes trans et non binaires (TNB). Alimentant une panique morale, plusieurs articles et reportages suggèrent que les jeunes TNB accèdent trop rapidement aux soins médicaux d’affirmation du genre (SMAG). La théorie controversée de la « dysphorie de genre à déclenchement rapide » (ROGD) a aussi gagné en visibilité. Elle suggère que des jeunes filles vulnérables entreprennent une transition de genre sous l’influence d’une « contagion sociale » et d’un mauvais diagnostic de dysphorie de genre, puis le regrettent. Cette théorie, bien que très contestée par les chercheur·ses, est largement médiatisée. Paru en 2024, le rapport Cass, lui aussi très critiqué, remet en question les bénéfices des SMAG et les standards de soins de l’association mondiale des professionnel·les en santé trans.
Dans ce contexte, l’idée de regret est souvent mise de l’avant pour souligner le danger d’effectuer une transition. On voit d’ailleurs une multiplication des narratifs sur la détransition souvent présentée de façon alarmiste comme une erreur à prévenir en restreignant l’accès aux SMAG. Bien que les recherches montrent des parcours de détransition nuancés, les controverses sur l’accès aux SMAG et le risque de regret ont déjà des effets tangibles. D’une part, elles menacent les droits des communautés trans, comme en témoignent les restrictions ou interdictions des SMAG qui se multiplient dans plusieurs pays. D’autre part, les personnes détrans subissent souvent du rejet attribuable à l’instrumentalisation de leurs expériences.
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