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Marie-Hélène Forget : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
L’enseignement de l’argumentation en classe de français au secondaire est fortement empreint de la culture éducative qui s’est installée au Québec dans ces classes depuis le programme d’études paru en 1995. Dans ce programme et le suivant, les connaissances sont organisées à partir de l’approche par texte qui met l’accent sur la structure prototypique des textes. Ce choix a participé à une dérive didactique : la coupure entre les textes les contextes qui les rendent vivants. Ainsi désincarnés, ils sont devenus des objets inanimés.
Les conséquences de cette dérive sont grandes pour l’apprentissage de l’argumentation qui souffre, de surcroit, du joug qu’infligent deux épreuves ministérielles en écriture. À l’heure actuelle, on enseigne l’argumentation essentiellement pour préparer les élèves à ces épreuves. Dans les meilleurs cas, on élude la grande variété des discours argumentatifs en se limitant à l’argumentation persuasive comme modèle à suivre.
Cette communication propose une conceptualisation de l’enseignement de l’argumentation pour la classe de français ancrée aux principes des «éducations à». Ce faisant, l’argumentation passerait d’un objet à une pratique, offrant un pouvoir d’agir, un regard critique, pluriel et interdisciplinaire et un sens aux apprentissages. Cette proposition, assez radicale, ne vient pas sans de nombreux défis. Mais le statu quo est grave pour nos jeunes qui naviguent dans un monde où de solides compétences argumentatives sont devenues capitales.
L’intérêt pour le développement de la compétence argumentative à l’école a connu un grand essor au cours des dernières décennies, en s’inspirant notamment des travaux philosophiques et psychologiques (Rapanta, 2013). Elle est considérée en recherche dans divers champs, notamment comme compétence nécessaire à la construction d’une vision du monde et à l’exercice d’une citoyenneté éclairée.
D’une part, l’argumentation est vue comme une approche d’enseignement-apprentissage dans plusieurs disciplines scolaires. Par exemple, puisque les pratiques argumentatives font partie du fonctionnement des communautés disciplinaires de référence dans les domaines des sciences, de l’histoire, des langues ou des mathématiques, on s’attend à ce que leur introduction en classe engage les élèves dans des démarches de recherche favorisant l’apprentissage des processus et des concepts dans ces disciplines (Bisault et Le Bourgeois, 2006). D’autre part, dans une perspective citoyenne qui mobilise ou non les savoirs disciplinaires, c’est l’apprentissage de l’argumentation elle-même qui est au cœur de certaines approches qui font appel, par exemple, au dialogue philosophique (Gagnon et Yergeau, 2016), à l’analyse des médias numérique, à l’étude des controverses socioscientifiques (comme les controverses entourant certains vaccins ou le changement climatique) (Dawson et Carson, 2020) ou des sujets sensibles comme le racisme ou l’identité de genre (Moisan et coll., 2022). Ainsi, si aucun domaine de recherche ne peut prétendre avoir le monopole de l’argumentation (Michelli, 2011), des questions importantes méritent d’être posées et discutées : que nous apprennent les recherches réalisées dans la francophonie sur l’argumentation dans les différents champs? Peut-on en dégager des spécificités disciplinaires et des dimensions transversales de l’argumentation? Quelles sont les possibilités et les défis de croiser les approches théoriques et méthodologiques, dans une perspective interdisciplinaire?
Le colloque, organisé par le Centre de recherche interuniversitaire en didactiques (CRIDid), avec la collaboration du Centre de recherche sur l’enseignement et l’apprentissage (CREA) et du collectif d.phi, réunit des communications de chercheur·ses ainsi que d’étudiant·es qui s’inscrivent dans l’un ou l’autre des objectifs suivants :
1) Présentation de résultats de recherches portant sur l’argumentation à l’école, en considérant les différents champs disciplinaires et les différentes composantes du processus d’enseignement-apprentissage (curriculum, ressources didactiques, pratiques d’enseignement, processus d’apprentissage, etc.). Chaque communication doit présenter clairement le cadre de référence et le cadre méthodologique retenu, en plus des résultats.
2) Présentation d’une conceptualisation de l’argumentation dans le contexte scolaire, fondée sur l’analyse des conceptualisations existantes.
3) Proposition d’une approche d’enseignement et d’apprentissage de l’argumentation.
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