Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Samuel de Brouwer : York University
Le renouveau de la philosophie politique en France au XXe siècle trouve ses racines dans une relation conflictuelle avec l’idée de révolution. Non seulement deux de ses figures fondatrices, Cornelius Castoriadis et Claude Lefort, ont élaboré leur pensée à partir d’un dialogue constant avec Marx et les marxismes, mais la question de la révolution, dans ses dimensions théoriques et historiques, a durablement influencé la philosophie politique française jusqu’à nos jours. Cependant, un basculement conceptuel s’est progressivement instauré, où la révolution fut supplantée par l’idée de démocratie comme clé d’interprétation privilégiée de l’expérience moderne. Cette présentation se propose d’examiner si ce triomphe de l’idée démocratique constitue une forme de substitution utopique au concept de révolution qui conserverait les bénéfices d’un regard nostalgique tourné vers un passé révolutionnaire idéalisé. Pour ce faire, nous analyserons les débats entre Castoriadis et Lefort sur le statut de la révolution de Mai 68, ainsi que la polémique sur la pathologie ou l’acuité du « révoltisme » entre Marcel Gauchet et Miguel Abensour. La mise en dialogue de ces deux moments pivots de la philosophie politique française permettra de retracer les évolutions de ce mouvement intellectuel, mais également de déterminer les paramètres d’une réflexion plus large sur le rapport que doit entretenir la démocratie libérale.
Nous assistons depuis quelque temps à un renouveau d’intérêt pour les catégories de nostalgie et d’utopie. Or, la brèche entre le savoir érudit sur cette thématique et son usage au quotidien dans des discours médiatiques est immense. L’histoire conceptuelle de ces deux termes demeure largement inconnue au-delà des réseaux de recherche spécialisés, « nostalgie » et « utopie » n’étant fréquemment compris qu’en tant que mots élémentaires et péjoratifs mobilisés pour écarter les inquiétudes de celles et ceux qui se montrent « mésadaptés » à un présent qui est toujours à certains égards insatisfaisant mais auquel nous sommes censés consentir afin d’être « réalistes ».
L’architecture temporelle de la démocratie libérale se révèle ainsi l’expression par excellence de ce que l’historien français François Hartog avait désigné comme « présentisme » dans son ouvrage marquant Régimes d’historicité (Seuil, 2003), soit un ordre social du temps qui survalorise le présent au lieu de tenir compte de la valeur « nostalgique » du passé ou de celle « utopique » de l’avenir, et, ce faisant, ignore les potentialités politiques propres à ces deux catégories.
Titre du colloque :