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Célio Paillard : Aix-Marseille Université
Je mènerai un « Atelier composition et performance sonore » avec les étudiant·es de première année du master Arts plastiques d’AMU. Je propose de décrire ce moment pédagogique expérimental, et de m’interroger sur ses dimensions d’épistémologie énactive. La méthode employée se rapprochera de la microphénoménologie (Petitmengin et al., 2015), pour une description située et à la première personne. L’atelier devrait mettre en œuvre des « savoirs d’expérience » : il s’appuie sur le dispositif de la Radio cousue main (Volcler, 2015), qui engage les corps pour fabriquer des formes radiophoniques avec un micro mono, il doit conduire à l’exploration du lieu de travail des étudiant·es et de l’enseignant (moi), il tire profit de son équipement technique ; c’est aussi une forme nouvelle dont les productions incertaines seront ajustées au cours du processus de création. Enfin, il vise à alimenter la cognition des étudiant·es sans leur fournir une connaissance définitive. Je parlerai de la pratique comme manière de faire les choses et d’y réfléchir en les faisant, de l’intérieur et en rapport avec le contexte où cela se passe (Billeter, 2002). Il me semble que la pratique, qui est au cœur des processus créatifs et peut nourrir des méthodes pédagogiques, peut être rapprochée de l’énaction, parce qu’elle est incarnée, située et en couplage structurel avec son environnement.
Alors que de nombreux événements reviennent sur l’héritage de Francisco J. Varela et célèbrent la vitalité de l’énaction dans une diversité de domaines de recherches scientifiques, le colloque veut ouvrir un espace de réflexion sur ses enjeux épistémologiques, théoriques, méthodologiques et pratiques pour les recherches en arts et/ou en éducation.
Depuis la formulation initiale de l’énaction par Varela (Thompson et Rosch dans l’ouvrage The Embodied Mind, 1993), s’est constitué un modèle de pensée selon lequel la cognition est incarnée. En prenant ses racines dans des philosophies et des courants scientifiques qui s’opposent au rationalisme, l’énaction met l’action plutôt que la raison au cœur de la cognition, non pas superficiellement, mais en la subordonnant à l’action. Selon ces penseurs de l’énaction, la cognition dépend de l’expérience, qui découle du fait d’avoir un corps doté de diverses capacités sensori-motrices; la perception et l’action sont inséparables de la cognition vécue (Varela et coll., 1993). Les conséquences de cette hypothèse sont nombreuses, notamment celles qui orientent les recherches. Dès lors que la connaissance émerge de l’interaction entre la subjectivité du chercheur et son objet de recherche, cette voie moyenne (Varela, 2017) remet en cause le caractère objectif et neutre du savoir scientifique en montrant l’importance de l’action du chercheur·se et sa subjectivité dans sa production (Dorlin, 2008; Santos, 2014). Puisque l’expérience et la connaissance sont indissociables et interreliées, quelles alternatives théoriques, méthodologiques et pratiques pour celui ou celle qui, en arts et en éducation, adopte une posture épistémologique énactive?
Les démarches de recherche en arts et en éducation qui se réfèrent à une épistémologie énactive réhabilitent la scientificité des savoirs d’expérience (Argyris et Schön, 2002; Senge et coll., 2000; Theureau, 2015; Masciotra, 2011), ce qui ouvre la voie à des perspectives méthodologiques alternatives. Ces savoirs d’expérience — savoirs du corps, savoirs situés, savoirs incarnés — qui émergent de la pratique (éducative ou artistique) sont subordonnés à la spécificité de leurs narrations (Breton, 2020). Ce qui fait écho chez les penseurs de la microphénoménologie (Vermersch, 2007; 2019; Depraz, 2014; Petitmengin et coll., 2015), qui ont mis au point une méthode fine et rigoureuse de description de l’expérience vécue — des pratiques narratives dont l’écriture intervient comme « praxis d’analyse » (Paillé et Mucchielli, 2003). De là, nous voyons apparaître des modes d’écriture créative et performative (Paquin, 2019) qui énactent les savoirs, tout en écrivant (Morais, 2024).
Axes de réflexion : 1) Les enjeux d’une épistémologie énactive dans les recherches en arts et en éducation; 2) Les méthodologies alternatives et méthodes qui découlent d’une épistémologie énactive; et 3) Les potentialités d’une épistémologie énactive dans l’enseignement des arts et par les arts.
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