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Wen Cai : Université Grenoble Alpes
Les jeux vidéo intègrent des dispositifs automatisés (matchmaking algorithmique, bots intelligents, etc.) pour réguler la consommation du contenu des joueurs. Opaques et imprévisibles, ces dispositifs incitent les joueurs à adopter des stratégies alternatives pour contourner leur usage prescrit, comme jouer avec des amis ou forger des alliances en jeu (Consalvo, 2007; Kitchin, 2017). S’inscrivant dans l’axe 1 du colloque, notre communication interroge cette tension dans le jeu mobile chinois Honor of Kings, révélant les enjeux de l’automatisation dans la régulation des pratiques vidéoludiques, dans le cadre de la théorie des industries culturelles et de l’économie politique de la communication (Bouquillon et al., 2013). L’étude repose sur 26 entretiens semi-directifs (16 professionnels, 10 joueurs), une analyse techno-sémiotique des interfaces (Souchier et al., 2019) et une observation participante. Les premiers résultats montrent qu’en Chine, ces dispositifs favorisent l’émergence de nouvelles sociabilités (Casilli, 2010), comme des binômes stratégiques ou des couples « virtuels », ainsi que des pratiques payantes d’accompagnement. Ils accélèrent la marchandisation des relations sociales, illustrant un « capitalisme cannibale »[1] (Fraser, 2022) de la communication.
Le grand public, tout comme les professionnel·les de nombreuses disciplines, ont aujourd’hui de plus en plus accès à des dispositifs numériques promettant de communiquer de manière « autonome », « intelligente » ou « générative ». Ces derniers, en recourant à des processus algorithmiques et utilisant dans la plupart des cas l’apprentissage automatique (machine learning) sur base de grands ensembles de données (textes, images, audios ou vidéos), sont annoncés par les industriels comme étant dotés de capacités révolutionnaires, susceptibles d’avoir des effets massifs sur l’environnement informationnel et médiatique contemporain. Ces dispositifs et leurs effets sont aujourd’hui une question clé débattue dans l’espace public, bien qu’il semble parfois difficile de sortir des discours simplistes, exagérément enthousiastes ou, à l’inverse, alarmistes. La rhétorique de la « disruption » mise en place par leurs concepteurs ainsi que la haute technicité de ces artéfacts compliquent le développement d’un regard distancié, réflexif, voire critique à leur égard. Ce colloque souhaite contribuer à cette entreprise critique en interrogeant la dimension médiatique de ces innovations.
Anderson et Meyer (1988) définissent un média comme une « activité humaine distincte qui organise la réalité en textes lisibles en vue de l’action ». Plus qu’un simple support sémiotique, un média est également une performance interprétative dont la réussite est concomitante à l’environnement social dans lequel elle s’intègre. Les systèmes de recommandations et, plus récemment, les agents conversationnels sont des exemples parmi d’autres d’automates organisant des systèmes symboliques. L’intervention humaine, loin d’être supprimée, est alors délocalisée autour de ces dispositifs, dans des tâches de configuration, pilotage ou maintenance de flux informationnels. Est-ce que l’automatisation de cette organisation du réel est toutefois productrice de « textes lisibles » (au sens d’Anderson et Meyer)? Quelles formes d’actions sociales pourraient alors être soutenues par ces textes? Peut-on, dès lors, parler de « médias automatisés »? En retour, quelles sont les conséquences pour notre compréhension de ce qu’est un média ? L’ambition de ce colloque est de réunir des personnes intéressées à contribuer à ce questionnement, en partageant leurs réflexions théoriques ou méthodologiques, ou leurs résultats de recherche. Il vise à la mise en commun d’expertises complémentaires pour aborder la question de l’influence des systèmes artificiels intelligents (Andler, 2023) et des processus qui les sous-tendent (algorithmes, machine learning, big data, etc.). L’objectif est par la mise en commun des expertises de contribuer à la construction d’une analyse critique des questions informationnelles, communicationnelles et médiatiques posées par ces innovations.
Titre du colloque :