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Léo Yonis Henni : UQAM - Université du Québec à Montréal
Cette communication aura pour but de présenter une démarche de recherche-création audiovisuelle explorant la porosité entre corps, rêves et urbanités sur l’île de Montréal-Tio’tià:ke-Mooniyang. Inspirée du concept soufi de *barzakh*, repris par Mohamed Amer Meziane (2023), elle capte un « monde imaginal » dans les espaces urbains souvent ignorés. Le *barzakh*, espace-temps entre le physique et l’immatériel, inverse le schéma colonial et abolit les frontières entre humain et non-humain, vivant et non-vivant. Meziane conçoit le rêve comme un phénomène influençant concrètement le monde social, ancré dans une « anthropologie métaphysique » qui dialogue entre rêve et réalité.
Cette démarche s’intègre à un projet doctoral sur une « ontologie du·es seuil·s », explorant les espaces transitoires urbains pour matérialiser, par l’image fixe et mouvante, une réalité à la frontière des mondes et identités (Muñoz 1999). À partir d’une expérience personnelle de pluralité, la photographie et la vidéographie servent à explorer ces espaces interstitiels. Avec des collègues aux identités entremêlées, nous arpentons ces lieux, y laissant des traces photographiques, préludes à des récits cinématographiques déconstruisant les oppositions entre ces mondes.
Ce colloque réexamine les paradigmes dominants de la recherche-création, encore largement ancrés dans une épistémologie eurocentrée, en développant une méthodologie décoloniale valorisant les savoirs du Sud global. Nous mobilisons des approches féministes et épistémologiques décoloniales, en nous appuyant sur les travaux de Gloria Anzaldúa, Maria Lugones, Chandra Talpade Mohanty, bell hooks et Françoise Vergès. Bien que la recherche-création, développée en Occident depuis les années 1990 (Borgdorff, Chapman et Sawchuk), ait souvent exclu les perspectives du Sud global, des critiques (Mignolo, Smith, Loveless) appellent à repenser cette approche en reconnaissant les dynamiques coloniales. Ainsi, le colloque s’articule autour de deux axes :
Ce colloque vise à élargir les horizons méthodologiques et épistémologiques de la recherche-création, en valorisant des pratiques collectives et participatives. En encourageant la création de nouveaux discours par la désobéissance épistémologique, il redéfinit la recherche-création comme un outil de transformation sociale, épistémique et politique. Le manque de littérature francophone sur la recherche-création décoloniale souligne l’urgence de créer un corpus valorisant ces savoirs. Inscrit dans la mission du LabARD de décolonialiser les savoirs et pratiques artistiques, ce colloque comble ce vide universitaire et crée un espace de dialogue entre chercheur·ses, artistes et communautés.
Le colloque répond à l’urgence de décolonialiser les approches scientifiques et artistiques dans le milieu universitaire francophone, historiquement dominé par une épistémologie eurocentrée qui a longtemps marginalisé les savoirs du Sud global et les perspectives féministes décoloniales. En ce sens, il vise à repenser en profondeur les fondements théoriques et pratiques de la recherche-création.
En mobilisant des figures majeures comme Gloria Anzaldúa, Maria Lugones, bell hooks, Chandra Talpade Mohanty et Françoise Vergès, ce colloque instaure une rupture épistémique avec les récits dominants, remettant en cause les hiérarchies de pouvoir dans la production et la légitimation des connaissances. En s’appuyant sur les épistémologies du Sud global, il enrichit et redéfinit la recherche-création en intégrant des savoirs historiquement marginalisés, tout en remettant en question les structures coloniales persistantes.
Titre du colloque :