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Stéphanie Lanctôt : Université de Sherbrooke
Selon Boivin et al. (2022), l’implication des personnes enseignant au collégial dans le développement des compétences langagières de la population étudiante est cruciale. Bien qu’elles aient des connaissances intuitives des écrits de leur discipline, elles n’ont pas été formées pour en expliciter les conventions d’écriture. Des initiatives en recherche au Québec ont proposé des dispositifs de formation en didactique de la littératie disciplinaire, mais aucune n’a vérifié la durabilité des changements de pratiques et de conceptions encourus. Dans notre recherche doctorale, nous avons documenté, via une étude qualitative multicas, les effets pérennes de deux formations continues visant le développement des compétences en enseignement des littératies au supérieur sur les changements conceptuels, praxéologiques et contextuels déclarés par les personnes participantes. L’analyse itérative des données (verbatims, artéfacts textuels, journal de bord) nous a permis d’identifier les conditions de formation les plus favorables à la croissance professionnelle en fonction du rapport à l’enseignement des littératies au supérieur des personnes participantes. Dans cette contribution, nous décrirons les fondements et résultats de notre recherche, puis nous partagerons notre expérience de réinvestissement des conclusions de la recherche dans l’implantation d’une formation continue non créditée offerte à distance au réseau collégial par Performa (Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke).
Occupant jusqu’à récemment une place périphérique dans les réflexions sur l’enseignement supérieur, l’apprentissage tout au long de la vie est pourtant au cœur de la mission d’enseignement et de services à la collectivité des établissements collégiaux et universitaires (UNESCO, 2023).
En ouvrant les portes de l’enseignement supérieur à des populations moins traditionnelles (adultes, femmes, étudiantes et étudiants de première génération, personnes issues de l’immigration, Premiers Peuples), la formation continue est à la fois une réponse à la diversification des parcours étudiants et un vecteur de diversification des populations étudiantes en enseignement supérieur (CSE, 2013). Cette diversification est une des grandes tendances identifiées pour l’université du futur (Quirion, 2021), mais elle pose de nombreux défis. Les enjeux d’accessibilité et de persévérance, notamment, s’articulent différemment pour les adultes en enseignement supérieur, qui sont nombreux à devoir conjuguer leurs études avec des responsabilités familiales et professionnelles (Richard, 2023). En outre, les projets éducatifs et les objectifs de formation des personnes apprenantes en formation continue sont différents de ceux des populations étudiantes en formation initiale (Doray, 2024).
Les établissements d’enseignement supérieur répondent-ils adéquatement aux besoins et aux aspirations des adultes en reprise d’études? Comment mieux intégrer les savoirs expérientiels de quiconque œuvre en formation continue (corps enseignant, personnel professionnel et gestionnaires) pour favoriser la réussite des populations adultes en enseignement supérieur?
Peu d’écrits scientifiques portent spécifiquement sur la formation continue en enseignement supérieur au Québec (Martel, 2023). Il s’agit d’un secteur d’activité très éclaté, mais rarement appréhendé dans toutes ses dimensions : inégalités sociales et accès à la formation continue (ICÉA, 2020), conciliation études-travail-famille (Mercier, 2021), soutien financier aux adultes en reprise d’études (CCAFE, 2016), politiques publiques (Doray et Ionici, 2023), services aux entreprises (Doray, Simoneau et Solar-Pelletier, 2016), reconnaissance des acquis et des compétences (Bélisle et coll., 2024), microcertifications (Pichette et Courts, 2024), formation continue à distance (Duhaime, 2022), etc.
Les données institutionnelles concernant les populations étudiantes inscrites en formation continue sont peu nombreuses, particulièrement en formation continue non créditée, en raison de la dynamique concurrentielle qui caractérise ce champ de pratiques (Doray et Manifet, 2017). Devant cet état lacunaire de la recherche, l’apport des savoirs expérientiels apparaît d’autant plus important.
Ce colloque constitue une occasion privilégiée de faire état des savoirs existants, tant scientifiques qu’expérientiels, et d’intéresser des chercheur·ses à des dimensions moins documentées des réalités étudiantes en formation continue.
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