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Jacqueline Couti : Rice University
Au début du XXᵉ siècle, plusieurs projets politiques et culturels menés par des Antillaises d’ascendance africaine se distinguent. Ces initiatives se démarquent par la radicalisation et la racialisation des discussions générées sur les questions féminines, le féminisme (sans pour autant utiliser ce terme) et la nation, dans un contexte de mondialisation croissante. En 1924, la Martiniquaise Suzanne Lacascade, réfléchissant à la condition des femmes de couleur, salue un patriotisme français inclusif sur le plan racial, qui s’étend au-delà des frontières hexagonales. Dans les années 1930, Paulette Nardal, également martiniquaise, s’intéresse aux contributions des femmes afrodescendantes et africaines dans l’histoire et la culture mondiales. Elle souligne l’urgence de proposer des contre-récits et des contre-archives centrés sur ces contributions et de réécrire l’historicité ou l’historiographie de la pensée noire.
Dès les années 1940, en collaboration avec d'autres militantes communistes à l’échelle régionale, nationale et internationale, Jane Léro (1916-1961) et Solange Fitte-Duval (1921-2014) développent un activisme féministe et décolonial. Elles partagent leurs réflexions au sein d’organisations locales telles que l’Union des Femmes de la Martinique (UFM) et à travers des journaux comme Justice : Organe des intérêts du peuple (1920) et Femmes martiniquaises (1947). Bien que méconnues, ces militantes jouent un rôle crucial dans la décolonisation des savoirs. Leur engagement nourrit une praxis féministe libératrice, similaire à la praxis marxiste, visant à provoquer des changements, notamment l’émancipation des individus. L’histoire de ces Martiniquaises, ainsi que leur affiliation avec d’autres militantes communistes et socialistes de la diaspora noire dans les Amériques et au-delà, éclaire un cadre transnational révélant de fascinants enchevêtrements transatlantiques. L’examen de ces dialogues communistes en faveur de la libération des femmes dévoile des lieux de production de savoirs souvent négligés et met en lumière la pluralité des expériences féminines.
Ce colloque réexamine les paradigmes dominants de la recherche-création, encore largement ancrés dans une épistémologie eurocentrée, en développant une méthodologie décoloniale valorisant les savoirs du Sud global. Nous mobilisons des approches féministes et épistémologiques décoloniales, en nous appuyant sur les travaux de Gloria Anzaldúa, Maria Lugones, Chandra Talpade Mohanty, bell hooks et Françoise Vergès. Bien que la recherche-création, développée en Occident depuis les années 1990 (Borgdorff, Chapman et Sawchuk), ait souvent exclu les perspectives du Sud global, des critiques (Mignolo, Smith, Loveless) appellent à repenser cette approche en reconnaissant les dynamiques coloniales. Ainsi, le colloque s’articule autour de deux axes :
Ce colloque vise à élargir les horizons méthodologiques et épistémologiques de la recherche-création, en valorisant des pratiques collectives et participatives. En encourageant la création de nouveaux discours par la désobéissance épistémologique, il redéfinit la recherche-création comme un outil de transformation sociale, épistémique et politique. Le manque de littérature francophone sur la recherche-création décoloniale souligne l’urgence de créer un corpus valorisant ces savoirs. Inscrit dans la mission du LabARD de décolonialiser les savoirs et pratiques artistiques, ce colloque comble ce vide universitaire et crée un espace de dialogue entre chercheur·ses, artistes et communautés.
Le colloque répond à l’urgence de décolonialiser les approches scientifiques et artistiques dans le milieu universitaire francophone, historiquement dominé par une épistémologie eurocentrée qui a longtemps marginalisé les savoirs du Sud global et les perspectives féministes décoloniales. En ce sens, il vise à repenser en profondeur les fondements théoriques et pratiques de la recherche-création.
En mobilisant des figures majeures comme Gloria Anzaldúa, Maria Lugones, bell hooks, Chandra Talpade Mohanty et Françoise Vergès, ce colloque instaure une rupture épistémique avec les récits dominants, remettant en cause les hiérarchies de pouvoir dans la production et la légitimation des connaissances. En s’appuyant sur les épistémologies du Sud global, il enrichit et redéfinit la recherche-création en intégrant des savoirs historiquement marginalisés, tout en remettant en question les structures coloniales persistantes.