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Lucile Dartois : UQAM - Université du Québec à Montréal
Dans le cadre d’une recherche-action menée en collaboration entre le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, situé à Montréal, et Mme Stéphanie Tremblay, professeure au département des sciences de la religion de l’UQAM, nous nous sommes intéressées aux espaces culturels ayant été la cible de contestations contre des initiatives en lien avec la diversité de genre (bibliothèques, musées, et autres espaces publics) . En effet, les manifestations anti-drag visaient d'abord la présence des artistes drag dans les bibliothèques et autres lieux culturels, mais le personnel, majoritairement féminin, a aussi été ciblé par des discours haineux. Les employé·es ont reçu de nombreux courriels, messages privés et appels téléphoniques haineux et ont été parfois victimes de doxxing. Les institutions se sont fait menacer de boycott, ont vu leur légitimité à titre d’acteurs sociaux remise en question et ont parfois été contraintes d’annuler les activités liées à la diversité sexuelle et de genre.
Le début des années 2020 voit poindre une dégradation du climat social eu égard aux personnes LGBTQ+, et surtout aux personnes trans et non binaires (TNB), ciblées par des assauts législatifs et une polarisation des discours sur leur existence. Des rapports d’associations états-uniennes montrent que les personnes LGBTQ+ en général, et les personnes TNB en particulier, sont ciblées par des initiatives visant à restreindre leurs droits (HRC, 2023). Ces violences sont décuplées par les réseaux sociaux et par l’incapacité des plateformes à réglementer ces discours (GLAAD, 2023).
La désinformation autour de l’existence et des revendications des personnes trans génère une polarisation des opinions du grand public à leur sujet. C’est particulièrement vrai au sujet des droits des personnes trans, qu’on tend à représenter comme des menaces, des gains durement acquis par les mouvements féministes comme de la sécurité et de l’intégrité des enfants, qu’il faudrait « protéger » de leur « influence ». Ainsi, un sondage états-unien révèle que 38 % des adultes estiment que « la société va trop loin pour accommoder les personnes trans », alors qu’une proportion presque égale (36 %) estime qu’elle devrait les accommoder davantage (Pew, 2022).
Le Canada et le Québec n’échappent pas à ces phénomènes. Un sondage canadien montre un déclin significatif et rapide du soutien à des mesures transaffirmatives comme l’accès des mineur·es à des soins d’affirmation de genre (58 % en accord en 2023 vs 48 % en 2024) ou la possibilité d’offrir une option de genre neutre sur les papiers d’identité (49 % en 2023 vs 40 % en 2024) (IPSOS, 2024).
Ce climat social affecte les jeunes, par la rhétorique qu’il emprunte comme par ses impacts. Une étude montre par exemple un lien de causalité entre l’adoption de lois anti-trans aux États-Unis et la hausse du taux de suicide des jeunes TNB (Lee et al., 2024). Des recherches en cours s’intéressent à la recrudescence de tels discours chez les jeunes personnes au Québec.
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